Paris Bercy - 11/12/04 - Discours de Isabelle LARAQUE
L'islam théocratique L'islam, un système théocratique qui confond le temporel et le spirituel. Intervention au Colloque l'Islam jusqu'où ?
Deux notions compatibles : '' système '' et '' théocratie ''
Une dualité ne suffit pas à faire un système. Un système suppose diversité, hétérogénéité ; il articule plusieurs éléments, il relie plusieurs affirmations de telle façon qu'elles se déduisent les unes des autres.
Un système prétend rendre compte de la totalité de l'existence. Or, l'islam a réussi l'intégration entre le religieux, le politique, le moral, le juridique, l'intellectuel, le scientifique. Le Coran constitue une sorte de fourre-tout politico-religieux, à la fois catéchisme, code civil, constitution, etc. Il s'agit donc bien d'un système.
Théocratie : ce n'est pas un concept univoque, d'où l'embarras pour définir ce terme, dont on peut distinguer quatre sens :
1. Théocratie pure : gouvernement direct de Dieu sur les hommes, qui s'est révélé impossible : les hommes devant la présence immédiate de Dieu étant pris de peur panique, la voix divine est inaudible. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les Hébreux demandèrent à Moïse d'être leur médiateur.
2. Théocratie du vivant de Mahomet : les premiers musulmans se considérèrent comme gouvernés par Dieu à travers les ordres qui leur venaient du Coran en cours de révélation. Prise en ce sens, la théocratie a une durée limitée. Après la mort du prophète, l'islam deviendra une nomocratie (nomos = Loi), c'est-à-dire un régime par lequel la loi fixée une fois pour toutes représente l'autorité suprême.
3. Gouvernement exercé par une caste sacerdotale. Privilégier ce sens nous exposerait à l'objection suivante : en islam, il n'y a ni clergé ni Eglise habilités à parler ou à commander au nom de Dieu (excepté chez les chiites).
4. Enfin, un quatrième et dernier sens que nous allons retenir : par théocratie, nous entendrons une doctrine d'après laquelle Dieu est la vraie source de toute autorité dans la société humaine.
La loi est une et pour toujours
D'après la tradition musulmane, Dieu a dicté le Coran à Mahomet, par l'intermédiaire de l'archange Gabriel, lettre par lettre, en arabe. Ce livre ne peut donc être lu correctement qu'en arabe, langue choisie par Dieu.
Soulignons le fait que le Coran est un livre dicté - à la différence de la Bible, livre seulement inspiré où chaque texte est écrit sous la responsabilité de son auteur, d'où les contradictions qui font la joie des exégètes et les multiples interprétations. Considéré comme le verbe de Dieu, le Coran est reconnu comme un livre sacré, intouchable.
Un seul Livre écrit par un seul homme : mais sûrement pas rédigé d'un seul jet, parce qu'il convient de distinguer les écrits de la Mecque de ceux de Médine. Un seul Livre, en une seule langue, dicté à un seul homme, avec une seule interprétation. Le Coran est un bloc irrécusable ; il n'a jamais donné lieu à aucune discussion théologique d'ampleur. L'islam ne s'est jamais remis en question. Rien de comparable à la Réforme. La loi coranique est divine et immuable. L'islam se veut dès ses débuts une religion achevée, parfaite, totale. Toute innovation serait une déviation.
Les musulmans qui osent poser des questions prennent des risques énormes : ainsi, Mohamed Taka fut pendu à Khartoum en 1985 pour avoir dénoncé l'islam politique et militaire de Médine. Récemment, un philosophe égyptien fut obligé de s'exiler aux Pays-Bas pour les mêmes raisons.
À la différence des lois occidentales humaines qui sont en évolution, on ne trouve pas d'innovation en islam. C'est une religion qui prétend donner une forme définitive à l'ordre social, fixe l'interprétation et les relations humaines.
Le Coran arrête le temps et verrouille la pensée : il empêche de réfléchir. Averroès (Ibn Roshd) et Avicenne (Ibn Sina), généralement cités comme '' philosophes musulmans '', sont en réalité imprégnés de philosophie grecque, donc peu représentatifs de l'islam.
Être musulman, c'est être musulman à perpétuité. On peut entrer dans l'islam - nous y sommes tous invités ! - mais il est très difficile d'en sortir, et dans les États islamiques où la charia est pleinement appliquée, l'apostasie est considérée comme une trahison et passible de la peine de mort. Le sort des musulmans insoumis n'est guère enviable. Souvenez-vous de Salman Rushdie, de Taslima Nasreen !
Nous pouvons donc reconnaître la compatibilité de ces deux notions : système et théocratie. L'islam articule les différents aspects de l'existence sous une unique substance : Dieu.
L'islam est un englobant
La formule est de Tariq Ramadan. Il se déclare professeur de philosophie. Peut-être a-t-il lu, entre deux sourates, quelques philosophes allemands contemporains, en particulier Karl Jaspers à qui il emprunte le terme.
C'est ainsi que Jaspers, dans sa petite Introduction à la philosophie, désigne la pensée des Présocratiques qui tentaient d'expliquer l'univers à partir d'un seul principe (monisme).
Ainsi selon Thalès, tout est eau, tout vient de l'eau et tout retourne à l'eau ; selon Héraclite, tout vient du feu et tout retourne au feu. L'islam est aussi un englobant, un monisme, car tout est divin. C'est une religion de l'Unité. II n'y a de divin que Dieu : Allah Akbar ! Dans ses Leçons sur la philosophie de I'Histoire (Berlin, 1830), Hegel déclarait à propos de l'islam qu'il s'agit '' d'un culte de I'Un (de l'Unité) demeurant le seul lien qui doit tout unir ''. II ajoutait '' En cette puissance disparaît toute borne, toute distinction de nation et de caste. ''
Disparaît aussi le dualisme présent dans la philosophie grecque (monde sensible monde intelligible) et dans le christianisme (politique religieux). Voir l'Evangile selon St Mathieu : '' Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ''.
Roger Garaudy, philosophe ex-communiste converti à l'islam, désigne l'islam comme une présence, présence de plus en plus encombrante pour nous Européens, nous Français ! D'après l'islam, il n'y a pas d'autre monde que Dieu, ni d'autre réalité. L'islam n'est pas seulement une foi universelle comme le christianisme, mais une communauté de civilisation qui vise l'expansion (Oumma : communauté des croyants musulmans). L'islam est plus qu'un culte, plus qu'une religion, c'est un code de vie. Le Coran n'est pas uniquement un texte religieux.
Le livre est tout. Tout est dans le livre. La charia dicte le statut familial, le droit pénal, le droit public et international, les relations avec les non-musulmans. Elle réglemente la vie religieuse, mais aussi la vie sociale et politique. Elle contrôle toute la vie du croyant.
Dans l'islam, seule la religion dicte la morale ; du berceau jusqu'à la tombe, le musulman est ligoté dans un réseau de prescriptions. Son obsession est de coller à la norme. La question essentielle qui le préoccupe : est-ce conforme à la loi islamique ?
Derrière la loi, que trouve-t-on ? L'interdit.
Interdits concernant l'alimentation : ni porc, ni alcool, recommandation de la viande hallal.
Le Coran aborde des aspects de la vie la plus intime : cela va de la recommandation de l'usage du cure-dents, à la répugnance à laisser un chien entrer dans une maison, en passant par la façon dont les besoins naturels sont satisfaits, sans oublier de purifier les orifices, les parties sexuelles, uniquement de la main gauche, s'il vous plait !
II n'y a pas d'autre divinité que Dieu, ni d'autre réalité. Allah Akbar !
Pas d'autre divinité qu'Allah.
L'islam a englobé les autres religions. Dans I'Arabie du VIIème siècle, on trouvait une multiplicité de tribus : l'Arabie était un très important carrefour commercial, ce qui contribuait à multiplier les croyances : diverses formes de polythéisme proliféraient et d'innombrables divinités à forme animale ou humaine. L'islam commença par gommer toutes ces différences religieuses. Ces cultes divers ne bénéficièrent d'aucune tolérance : le seul choix qu'on leur donnait était la conversion ou la mort.
En proclamant qu'il n'y a de divin qu'Allah, Mahomet exclut toute forme d'idolâtrie et relativise le pouvoir et les richesses. Les polythéistes liquidés, l'islam s'occupa des deux autres monothéismes : judaïsme et christianisme.
Que trouve-t-il en face de lui ? Un judaïsme prétendument desséché et des chrétiens vivant au milieu de disputes théologiques! D'où une multiplication d'hérésies, de règlements de compte entre sectes. Face à tout cela, le Coran prétend apporter un message simple : il n'y a pas d'autre divinité qu'Allah ! Il n'y a qu'un seul message divin, dont la transmission a été déformée par Moïse puis par Jésus, d'où la nécessité d'envoyer un troisième prophète : Mahomet.
C'est le Coran qui détient et révèle la seule et unique vérité. Il vient confirmer et/ou corriger les révélations précédentes. Mahomet n'a jamais prétendu enseigner une religion nouvelle, mais restaurer la foi d'Abraham.
Certes, il parle de Jésus. Seulement, celui-ci n'est pas considéré comme le fils de Dieu, mais comme un simple prophète. D'ailleurs pour un musulman, appliquer à Dieu le nom de père, c'est altérer la transcendance divine. Il ne voit aucune analogie entre le Créateur et la créature.
II est tout aussi inconcevable qu'un envoyé de Dieu soit vaincu. Jésus n'est pas mort sur la croix : un sosie lui a été substitué !
L'islam refuse nos dogmes. Non seulement l'Incarnation mais aussi la Trinité ou le sacrement de pénitence : quelle horreur que le confessionnal pour un musulman ! (un lieu clos où les femmes racontent à un homme ce qu'elles cachent à leur mari ...) Les autres religions dont le Coran ne fait pas mention sont purement et simplement rejetées dans l'ignorance et la barbarie.
II n'y a de Dieu qu'Allah ! On sait ce qu'il est advenu des sublimes Bouddhas de Bamyan, en Afghanistan, et quel sort fut réservé à des touristes venus contempler les temples de la Haute-Égypte.
Pas d'autre divinité que Dieu. Allah Akbar !
Pas d'autre réalité
Tout est divin ; tout est manifestation de Dieu. Il n'y a pas de séparation entre le sacré et le profane, le spirituel et le temporel.
Le nom même d'islam signifie soumission. Tout est soumis: une pierre dans sa chute, un arbre dans sa floraison, un animal dans sa croissance. L'homme aussi est soumis : il est un mode de la divinité mais il peut oublier sa vraie nature. Devenir musulman, c'est se souvenir de l'unité qui donne sens à la vie.
Tout est divin. Belle idée, déjà présente dans les Psaumes. Voir Psaume 19 : '' Louer Dieu, jusque dans les cieux '', Psaume 148 : '' Louer Dieu à travers le soleil et la lune, les montagnes, les collines, les arbres, le reptile, l'oiseau qui vole ''.
Idée omniprésente dans la philosophie de Spinoza : philosophie de I'immanence '' Dieu c'est à dire la Nature ''. Mais Spinoza ne prêche pas la soumission, l'homme selon lui doit '' persévérer dans son être '' et s'épanouir par la connaissance.
Or, la femme en terre d'islam en est empêchée. Car comment persévérer dans son être quand son corps est perçu comme un objet de honte, proie jusqu'au visage d'une pudeur excessive ? Quand ce corps est victime de violences, viols, séquestrations, lapidations ? Comment persévérer dans son être quand on restera perpétuellement mineure ? Quand on a besoin d'un tuteur (wali), quel que soit son âge, pour se marier ? Comment persévérer dans son être quand la répudiation unilatérale sans justification demeure la règle dans la majorité des pays musulmans ? Comment persévérer dans son être quand on se trouve dans un état d'infériorité juridique en matière d'héritage ou de témoignage ?
Pas de séparation entre la Science et la Foi
En fonction de ce principe d'unité, la connaissance de la nature devient une sorte d'accès à la proximité de Dieu : il n'y a donc pas lieu de séparer la science et la foi, les sciences de la nature et la théologie. Le ciel des astronomes comme la terre des géographes sont des signes de Dieu.
En aucune science, de l'astronomie à la géographie et la médecine, la réalité n'est séparée de la méditation sur ses origines et sur ses fins. La science n'est jamais séparée de la sagesse, ce qui était encore le cas en Europe au XVIIème siècle dans le système de Descartes, où les racines de la métaphysique fondaient les recherches dans le domaine de la physique ou de la mécanique.
Puis, peu à peu, dans les consciences européennes, les sciences et les techniques se sont séparées de leur assise théologique.
On assiste aujourd'hui à un éparpillement des savoirs non fondés sur un projet commun. Déjà le philosophe Husserl déplorait en 1935 dans sa conférence sur la Crise de l'humanité européenne l'état de '' décadence '' qui régnait dans les sciences : elles avaient laissé tomber la question du sens. Dans les sciences de la nature comme dans les sciences humaines, l'attention du scientifique s'est polarisée sur l'étude du fait.
Nous observons aussi une prolifération des techniques (notamment dans le domaine des biotechnologies). Les moyens techniques ne sont plus au service d'aucune fin, mais constituent en eux-mêmes la fin. Ainsi nous trouvons nous en présence d'un ensemble impressionnant de procédés de plus en plus sophistiqués dont le développement se produit comme un auto-développement. Il serait vain désormais d'attendre de ces sciences et de ces techniques un '' supplément d'âme ''.
Or c'est là une force incontestable de l'islam : donner '' du sens '', rester proche de la Nature.... C'est ce qui peut séduire ceux qu'on désigne comme les Verts ; de l'islam, ils arborent déjà la couleur ! Alors il n'est pas étonnant que la nébuleuse islamique entretienne des relations avec l'altermondialisme, que Tariq Ramadan soit l'invité du Forum social européen, réunion très médiatisée de l'extrême gauche européenne, qui s'est tenue en Seine-Saint-Denis en novembre 2003.
L'islam est bien un englobant. II n'y a de divinité que Dieu, de réalité que Dieu. Dieu est l'unique source de la morale, du droit, de la politique, des sciences. Il est donc inutile de rêver d'un '' islam à la française ''. On assiste peu a peu à l'islamisation de l'environnement (construction de mosquées), à l'islamisation des rues (voile islamique), à l'islamisation des esprits (par exemple, le jugement négatif porté sur les Croisades). Personne n'a bronché quand Raffarin déclara le 8 octobre 2002 que Saladin avait '' libéré '' Jérusalem. Pourtant il attribuait ainsi la propriété de Jérusalem aux seuls musulmans !
Et le 23 avril 2003, au Bourget, Nicolas Sarkozy se déclarait publiquement '' l'ami '' de l'Union des Organisations islamiques de France (UOIF)...
Souvenons-nous de la déclaration du Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdogan : '' Les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques, Les mosquées sont nos casernes, et les croyants nos soldats ''.
C'est clair. Alors... résistons !
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