Paris Bercy - 11/12/04 - Discours de Bernard LAGARDE
Le mondialisme musulman L'islam, un mondialisme musulman. Intervention au Colloque l'Islam jusqu'où ?
On commence à percevoir à quel point, lorsque l'on parle de l'islam, le fait civilisationnel prend une importance croissante dans la vie politique. Dans la vie politique intérieure des Etats et notamment des pays européens mais aussi dans la vie politique internationale. Si bien qu'on entend de plus en plus parler de choc des civilisations entre islam et occident.
Choc des civilisations ou choc des mondialismes ?
S'il n'est pas question de nier d'une façon absolue ce concept, je souhaiterais le nuancer et tenter de mieux en préciser les contours. Les discours prononcés à propos du choc des civilisations ne sont pas neutres. Comme tous les discours, ils sont émis par un émetteur pour influencer un récepteur. Et force est de constater que s'agissant du choc des civilisations, les discours varient énormément en fonction de l'émetteur. Si bien qu'il serait parfaitement illusoire de considérer que ceux qui croient dans le choc des civilisations sont nécessairement nos alliés politiques et que ceux qui n'y croient pas, nos adversaires.
Prenons deux exemples : la Turquie et l'Irak.
Le choc des civilisations est devenu l'argument central de ceux qui militent pour l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. '' Si l'on refuse l'adhésion de la Turquie, disent-ils en tentant de jouer sur la peur, cela renforcera le choc des civilisations. ''
De même, c'est au nom du choc des civilisations que certains soutiennent aveuglément la politique étrangère américaine, notamment en Irak, sous prétexte que ce conflit opposerait une nation occidentale et chrétienne à un pays peuplé de musulmans.
Ces deux exemples nous permettent de toucher du doigt le fondement du discours sur le choc des civilisations : les civilisations seraient dans les relations internationales des acteurs plus importants que les Etats, plus importants que les nations.
Ainsi, prétendre que l'Union européenne se verrait unanimement haïe par les musulmans du monde entier si elle refuse l'adhésion de la Turquie laisse entendre que l'islam ne fait qu'un. C'est oublier que certains Etats musulmans (l'Iran par exemple) peuvent être des rivaux de la Turquie et qu'ils pourraient être soulagés de la voir échouer à entrer dans l'Union européenne. De même, estimer que le devoir de la France et de l'Europe est de soutenir sans retenue les initiatives prises par les Etats-Unis, en Irak ou ailleurs, c'est faire peu de cas des intérêts divergents qui peuvent être ceux des différentes nations occidentales.
C'est ne plus considérer que les civilisations, comprises dans leur sens le plus large, en oubliant les nations, et dans le cas présent, ne même plus voir la rivalité entre l'Europe et les Etats-Unis.
Autant dire que cette idée de choc des civilisations, si elle permet de prendre en compte une partie de la réalité dans laquelle nous évoluons, ne saurait rendre compte à elle seule de toute la réalité. Le choc des civilisations est une grille de lecture indispensable, mais elle ne doit en aucun cas devenir la seule clé d'analyse du réel. Parce que le réel - aujourd'hui plus que jamais - est multiple, complexe et mouvant.
A côté de cette idée de '' choc des civilisations '' s'ajoute une nouvelle clé de lecture : ce que le monde connaît aujourd'hui, c'est peut-être essentiellement un choc de deux idéologies, le choc de deux mondialismes. Qui aujourd'hui, en effet, sur la scène internationale, croit que nous sommes entrés dans le choc des civilisations ? Qui pense que le monde est entré dans la quatrième guerre mondiale ? Essentiellement deux groupes de personnes : les faucons de Washington et les jihadistes musulmans.
Je vous propose donc tout d'abord d'examiner la genèse de cette idée de choc des civilisations chez l'un et l'autre de ces protagonistes.
Le mondialisme américain
Les néo-conservateurs américains sont ceux qui utilisent précisément les termes de '' choc des civilisations '' et de '' quatrième guerre mondiale ''. Ils considèrent qu'après avoir gagné la première guerre mondiale contre les derniers régimes monarchiques européens, gagné la seconde contre les fascismes et la troisième contre le communisme, il leur faut maintenant repartir au combat pour éradiquer l'islamisme.
Cette mission universelle qui serait dévolue à l'Amérique est inscrite au coeur de l'idéologie américaine. Les Américains communient dans la même croyance en la pureté de leur projet qu'il convient de protéger d'un monde corrompu.
Les Etats-Unis ne sont pas une nation comme les autres : ce n'est pas une nation issue de l'histoire, mais une nation issue d'une idéologie. Les Etats-Unis sont en effet l'une des seules nations au monde à ne pouvoir se défaire de son idéologie sous peine de disparaître, contrairement à la France qui peut persister si la République disparaît car elle est à la fois une nation et une république. Les Etats-Unis eux sont exclusivement une république.
Les Etats-Unis s'étant définis par défaut, par opposition à l'autre, ils ont un besoin constitutif de se trouver des adversaires, voire de s'en inventer lorsqu'ils n'en ont plus. On comprend donc que les Américains aient ressenti à la fin de la guerre froide le besoin quasi-existentiel de se trouver un nouvel adversaire !
Les Américains, et les néo-conservateurs plus que tous autres, sont des citoyens extrêmement religieux. Cela ne signifie pas seulement qu'ils vont à l'office le dimanche, car même ceux qui n'y vont pas sont pénétrés d'une vision religieuse de l'existence. Des pilgrims fathers - les pères pèlerins fondateurs - jusqu'à l'électeur de Bush et de Kerry, le citoyen américain a conscience d'incarner un idéal qu'il lui revient d'imposer à la planète entière.
Cette vision métaphysique des relations internationales est souvent explicite dans le discours des dirigeants. Les Américains ne se battent pas contre des adversaires comme les autres : ils partent en guerre contre le mal, contre l' '' axe du mal ''. Il y a même continuité du mal . Et comme on est dans la lutte du Bien contre le Mal, il s'agit de surcroît d'une guerre parfaitement imperméable à la critique et qui ne souffre aucune remise en cause.
Il faut donc ne pas se tromper sur les motivations américaines en Irak et ailleurs, notamment dans le monde musulman. Les Américains ne sont pas les cyniques que l'on décrit trop souvent. Je ne pense par exemple qu'ils sont allés en Irak uniquement pour s'emparer du pétrole ni que leurs opérations militaires sont menées prioritairement dans un but de prédation économique. Il faut ici se défaire des analyses strictement matérialistes. Le monde n'est pas seulement mû par les intérêts. Il est aussi mû par l'idée que l'on se fait de ses intérêts. Et, en l'espèce, il semble qu'en défendant leurs intérêts, les Américains ont le sentiment de défendre les intérêts de l'humanité entière.
Bien qu'il puisse y avoir débat sur cette question, les discours moralisants diffusés par les dirigeants américains à destination de leur peuple et de la planète entière ne sont donc pas des discours hypocrites. Ils ne sont pas là pour camoufler des buts de guerre réels. Ils s'articulent avec ces buts de guerre, ils se confondent avec eux. Les prédations sont mises au service d'un idéal. Et l'idéal est mis au service des prédations. Leurs objectifs à long terme ne varient pas : par la force des convictions, par celle de l'exemple ou par celle des armes, il s'agit de répandre, à la surface du globe, l'american way of life.
Ces dernières décennies l'élan américain qui est un élan mondialiste s'est polarisé essentiellement sur le monde musulman.
Il y a à cela une cause conjoncturelle d'abord : les attentats du 11 septembre ont dicté le calendrier et la hiérarchie des priorités, même si conjointement aux initiatives prises en Irak les Américains n'ont pas oublié les autres fronts. Ainsi, sous prétexte de guerre contre le terrorisme, se sont-ils durablement installés aux marches de la Russie, notamment dans le Caucase.
Ensuite, une cause plus profonde : la résistance opposée par les autres peuples à l'american way of life est proportionnelle au niveau d'altérité de ces peuples avec l'Amérique. Les valeurs américaines pénètrent plus facilement la Grande-Bretagne que la France, plus facilement l'Europe que la Russie. Bien entendu, sur l'échelle de l'altérité le monde arabo-musulman occupe une place de choix.
Enfin, une dernière cause, la plus importante à notre sens : dans le monde musulman, le mondialisme américain ne s'est pas heurté à des résistances nationales, mais à un autre mondialisme antagoniste : l'islam, et plus spécifiquement l'islamisme.
Le mondialisme musulman
Le second protagoniste du choc des mondialismes est l'islamisme radical incarné par la nébuleuse terroriste Al-Qaida, qui est à la fois totalement archaïque et furieusement contemporain.
Que l'islam soit universaliste n'est certes pas un scoop ni une nouveauté. Dès l'origine, l'islam s'adresse à l'humanité entière. Il a vocation à assurer le salut de l'humanité entière et l'humanité entière à vocation à entrer en islam, c'est-à-dire en soumission.
Si la plupart des religions, et notamment les religions chrétiennes, défendent elles aussi leur vocation universelle, l'islam lui va plus loin. Par nature, il contient en lui-même des ferments de mondialisme car pour un musulman il ne s'agit pas d'aller enseigner les nations : il faut appartenir à cette masse unie et indistincte de croyants qu'on appelle l'Oumma, qui ne reconnaît aucun pouvoir politique et ignore toute structure horizontale.
C'est ce qu'explique Hassan al Banna, le Fondateur des Frères musulmans : '' De même que l'islam est une foi et un culte, il est une patrie et une citoyenneté qui annule les différences d'appartenance des hommes entre eux (...) Ainsi, l'islam ne connaît pas de frontières géographiques, ni de différences raciales, ni civiques. Il considère que tous les musulmans sont une unique communauté-nation et que la patrie musulmane est une patrie unique aussi éloignée que soient ses diverses provinces. ''
Division de l'islam
C'est là un paradoxe : les aléas de l'histoire ont profondément divisé l'islam et le monde musulman. C'est ainsi que l'on distingue le sunnisme (majoritaire) du chiisme. Le chiisme est lui-même divisé en trois branches : le chiisme duodécimain, l'ismaélisme et le zaydisme. On peut poursuivre ainsi les subdivisions du chiisme en évoquant le chiisme iranien, le chiisme afghan, le chiisme du Hasa saoudien, le chiisme des Alaouites saoudiens, etc. Idem pour le sunnisme : on peut distinguer, au fil des contrées ou de l'histoire, le hanbalisme, le hanafisme, le malikisme, le chaféisme, le soufisme etc...
Ce n'est pas tout. A ces querelles théologiques, il faut encore ajouter les distinctions ethniques et nationales dont les contours ne recoupent pas toujours, tant s'en faut, les distinctions théologiques. L'islam peut être arabe, persan, africain, turc, maghrébin ou asiatique. Enfin, au sein même de chaque ethnie, il est aussi pratiqué par des peuples vivant dans des nations distinctes et pas toujours artificielles. Vu de Paris, un Marocain et un Algérien sont des maghrébins. Vu de Tanger, la perspective n'est plus la même et les distinctions pèsent de tout leur poids. Ce sont là des réalités qu'il ne faut pas perdre de vue et qui expliquent que malgré une doctrine commune l'Oumma, la fameuse communauté des croyants, est bel et bien morcelée. Le seul monde arabo-musulman a toujours été incapable de réaliser son unité, ni même son union face à un adversaire commun.
Sans remonter à l'échec de Nasser, on peut rappeler par exemple la haine tenace qui opposait les régimes baasistes syriens et irakiens. Ou encore évoquer l'attitude de Téhéran, capitale d'une République islamique, face à l'occupation de son voisin irakien par l'armée américaine. Vu à travers le prisme du choc des civilisations, les enjeux paraissent simples : l'Irak peuplé majoritairement de chiites est occupé par des ennemis de l'islam et de l'Iran. Conclusion logique : Téhéran devrait pousser les chiites à prendre le pouvoir en Irak et les inciter à en chasser les Américains.
Et pourtant, et c'est ce qui est intéressant, la réalité est tout autre. Certes, l'Iran islamique, qui a été lui aussi désigné comme une cible par les Etats-Unis, se sent menacé par la présence américaine en Irak. Certes, le projet de Washington de réorganiser totalement cette partie du monde après la chute de Bagdad constitue un risque direct pour Téhéran. Certes, la victoire américaine en Irak représente une menace militaire pour l'Iran
Et pourtant, ce ne sont pas ces dangers venus des Américains que redoute le plus Téhéran, mais bien plutôt celui de la concurrence des chiites d'Irak dont Washington souhaite le réveil, afin de susciter une puissante contestation du régime iranien. Lequel régime iranien sait bien que ses fondements théologiques sont fragiles et contestables, que le rayonnement et la légitimité de sa ville sainte sont moindres que ceux de Nadjaf et de Karbala en Irak ; le régime iranien sait aussi que leur Guide, dont la formation théologique n'est pas invulnérable, peut être menacé par les rivaux potentiels que sont les grands ayatollahs irakiens ; il sait enfin que, dans le passé, les grands soulèvements de l'Iran ont été nourris par des fatwas venus d'Irak.
Pour toutes ces raisons, Washington forme le voeu que les chiites d'Irak deviennent ses alliés dans sa lutte contre le régime de Téhéran. Et pour toutes ces raisons, Téhéran redoute plus que tout au monde l'avènement des chiites en Irak.
Sur l'échiquier géopolitique du golfe arabique, l'Iran islamique ne joue pas le jeu du choc des civilisations, il joue un jeu régional, un jeu national, au service de ses intérêts d'Etat.
Terrorisme islamiste trans-étatique
Bien d'autres protagonistes agissent sur l'échiquier irakien: tous les combattants qui se rattachant peu ou prou à la nébuleuse Al-Qaida. Ceux-là visent tout à la fois les vestiges de l'administration laïque, les chrétiens d'Irak, les forces américaines et leurs alliés. Ils ne sont pas nécessairement irakiens et ne visent pas à restaurer un Irak souverain ; ils se moquent même éperdument de la souveraineté irakienne et sèment le chaos. Leur objectif à eux n'est pas régional, ni national.
Ils ''agissent local'' mais '' pensent global '', passant d'un théâtre d'opération à un autre (Afghanistan, Bosnie, Tchétchénie, Cachemire, Turkestan chinois, Palestine, etc.) avec toujours le même objectif : démontrer aux masses musulmanes que leur défense est mieux assurée par les combattants de l'islam radical que par quelque Etat que ce soit.
La guerre d'Irak, l'écrasement sous les bombes d'un Etat souverain ne leur a pas seulement offert un nouveau terrain de jeu, mais bien l'illustration grandeur nature de l'incapacité des Etats constitués et des élites politiques musulmanes à protéger les musulmans des coups des ennemis de l'islam que sont l'Amérique, mais aussi l'Inde, la Chine, la Russie et naturellement les pays européens.
En contestant ainsi les élites politiques musulmanes nationales - qu'il s'agisse des autorités politiques ou religieuses - sur leur propre terrain, en se présentant comme le bras armé des populations musulmanes opprimées ou prétendument opprimées, les jihadistes visent donc prioritairement à renverser ces régimes.
Il faut noter que l'on a en Europe une vision parfaitement tronquée de leurs discours : on retient les diatribes contre les '' juifs et les croisés ''. On connaît moins les diatribes contre les régimes musulmans '' impuissants et corrompus '', impuissants face à la puissance occidentale, et corrompus parce qu'ils renient l'islam authentique.
Voici donc pourquoi ces jihadistes sont les représentants d'un mondialisme, à la fois archaïque dans ses valeurs et très contemporain dans son action :
-Les jihadistes se réclament d'une doctrine supra-nationale et visent à détruire les États-nations musulmans pour réunifier l'Oumma, la communauté des croyants. Ils sont donc mondialistes.
-Les jihadistes font la guerre en abolissant toutes les distinctions qui prévalaient dans la guerre étatique élaborées au lendemain du Congrès de Vienne : pour les jihadistes, il n'y a plus ni avant, ni arrière, ni civils, ni militaires, ni distinction entre état de guerre et état de paix.
-Les jihadistes travaillent en réseau, sans véritable hiérarchie. Leur structure de commandement n'est pas pyramidale. Elle n'est pas mécanique, mais intuitive et une large autonomie de décision est laissée aux cellules locales. Un tel mode d'organisation ferait pâlir d'envie les managers des grandes sociétés multinationales évoluant dans le cadre de la mondialisation. Elle est en fait en tout point conforme aux dernières lubies en vogue dans les écoles de management occidentales. Ainsi, la nébuleuse Al-Qaida n'utilise pas seulement Internet pour communiquer, elle est organisée sur le même modèle que la toile : il n'y a pas d'unité centrale, il n'y a que des cellules interconnectées.
-Les jihadistes ont parfaitement intégré le fonctionnement de la société de l'information. Et même le caractère désormais planétaire de l'information. Qu'il s'agisse de poser des bombes ou de prendre des otages, les attentats sont conçus et réalisés avec un art consommé de la mise en scène et de la dramaturgie. Un attentat c'est un message. En détruisant une cible, le terroriste transmet aussi un message à un tiers : en l'espèce, ce tiers ce sont les masses musulmanes.
-Les jihadistes savent jouer d'un sentiment vieux comme le monde, mais qui prend une ampleur sans précédent en Occident : la compassion pour les victimes. On en a eu une illustration récente lorsque le groupe islamiste qui avait pris en otage les deux journalistes français a tenté de faire croire que les musulmanes vivant en France étaient persécutées lorsqu'elles portaient le voile.
-Les jihadistes ne visent pas seulement à établir un monde post-étatique, de fait ils vivent déjà dans ce mode post-politique et se distinguent ainsi totalement des terroristes '' traditionnels ''. Ces derniers accompagnaient ou accompagnent (il en existe encore) leurs attentats de revendications précises en faveur d'une classe, d'un groupe, d'une collectivité. Ils cherchaient à obtenir un avantage qui leur était dénié ou une décision qui leur était refusée de la part des autorités politiques en place. Et lorsqu'ils visaient à détruire cette autorité en place, c'était pour lui en substituer une autre. Ils cherchaient donc à peser sur l'exercice de la vie politique, ils agissaient selon une logique de marchandage. Leurs buts étaient le plus souvent limités dans leur objet et toujours limités dans leur champ géographique et dans le temps. Alors que les jihadistes, eux, n'ont transmis aucune revendication, le 11 septembre notamment. On perçoit la différence majeure entre le terrorisme palestinien et le terrorisme de type Al-Qaida : les revendications palestiniennes, si exorbitantes qu'elles soient puisqu'elles recherchent la destruction de l'entité israélienne, sont en fait circonscrites et explicites. Avec Al-Qaida, on est dans le non formulé et dans le planétaire. Les terroristes palestiniens utilisent comme base de repli la planète entière mais comme théâtre d'opération une zone localisée. Pour Al-Qaida, c'est exactement l'inverse, ils utilisent comme base de repli une zone très localisée et très protégée mais comme théâtre d'opération la planète entière. On est donc ici en tous points dans une démarche mondialiste.
Ce qui amène à un parallèle, même si bien sûr toute comparaison a ses limites et ses faiblesses : les USA aussi se replient dans un sanctuaire délimité et inviolable, leur territoire, et eux aussi usent de la planète entière comme théâtre d'opération.
Où conduit une telle surenchère mondialiste ? La montée aux extrêmes, cette guerre perpétuelle est évidemment très délicate à gérer : il ne semble pas y avoir de sortie politique à un tel affrontement. Seules deux issues sont possibles : la victoire totale de l'un (ce serait la conversion du monde entier à l'islam) ou la victoire totale de l'autre (ce serait le ralliement du monde entier à l'american way of life).
Le choc des mondialismes tire un trait sur les valeurs fondatrices de l'Europe, sur les valeurs pensées par l'Europe et c'est ce qui est catastrophique car c'est dans ces valeurs que se trouve l'une des principales clés de l'équilibre du monde.
L'esprit européen, c'est le respect de son adversaire, même quand on cherche à accroître sa propre puissance, c'est la recherche du meilleur terrain d'entente possible. Penser européen, c'est reconnaître le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, c'est mettre en pratique une stratégie réfléchie et mesurée ; c'est aussi savoir jouer des rivalités ou des divisions, notamment du monde musulman, parfois avec un peu de cynisme - on ne fait pas d'angélisme en politique étrangère - mais toujours avec discernement.
Lorsque Saint Louis lance sa croisade vers Jérusalem, ses stratèges militaires l'incitent à poursuivre jusqu'en Arabie afin de mettre sous tutelle la région entière. Et que fait Saint Louis ? Il refuse en rappelant que sa croisade a un objectif limité, circonscrit et précis : la protection des Lieux saints, point final. Nous sommes ici aux antipodes de la guerre planétaire. C'est ici le règne des vertus politiques telles que la tempérance et la prudence, ancrées dans le réel. Et loin de constituer une manifestation de faiblesse, elles sont l'expression d'une antique sagesse que l'on ne peut pratiquer que lorsque l'on est sûr de soi.
La France et l'Europe doivent donc empêcher à tout prix que le choc des civilisations se produise pour de bon, à l'échelle planétaire ou sur notre sol.
Sur le plan international, maintenons donc, avec plus de brio et de conviction, la politique qui consiste à défendre la souveraineté des nations et des peuples contre toutes les formes de mondialisme.
Rétablissons l'équité dans les relations internationales, par exemple en refusant d'intervenir militairement, au mépris de toute légalité, contre un Etat musulman souverain. Il faut au contraire renforcer la légitimité des Etats musulmans souverains car ce sont des interlocuteurs rationnels et politiques. Ce qui ne signifie évidemment pas tout leur accorder.
La politique du réel commence d'abord sur le territoire national. La France et l'Europe doivent refuser toute implantation durable et massive de l'islam. Il faut inverser l'immigration, qui est son vecteur principal.
Dès lors que la France et l'Europe respecteront la souveraineté des Etats musulmans, elles n'essuieront aucun blâme de la part de ces derniers ; elles ne se verront pas menacées lorsqu'elles décideront de mener une politique restrictive en matière d'immigration. Seuls les jihadistes de l'Oumma seraient choqués si l'Europe s'organisait pour refuser l'islamisation.
Le vrai choc ne se situe pas entre l'islamisme radical et l'occident : il peut avoir lieu dans chaque pays. C'est donc sur notre sol, grâce à des moyens politiques et dans le respect de nos valeurs fondatrices, qu'il est possible, qu'il est urgent de désamorcer ce choc.
Retrouvons le sens de la politique, le sens du politique, qui est l'art d'évoluer dans le réel, plutôt que de céder à la fièvre idéologique.
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