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Château de Terrides - 26/08/05 - Discours de Isabelle LARAQUE
La crise : déclin ou défi Intervention à l'université d'été 2005 du MNR
Cette approche de la crise va très certainement vous surprendre : il ne s'agit pas d'un exposé d'économie ; cela pour deux raisons : Dune part, je ne suis pas spécialiste en la matière, d'autre part, me semble t-il, l'habitude qui consiste à réduire la crise à la crise économique, occulte sa réalité même c'est à dire, son rapport au vivant.
En effet, la crise concerne un êre vivant ,un être de !chair de sang de larmes. Un caillou un rocher ne saurait faire de crise ,un cadavre non plus d'ailleurs ! D'une machine on dira qu'elle est en panne non qu'elle est en crise ;et plus un individu occupe une place élevée dans l'échelle du vivant plus il possède un systême nerveux perfectionné, plus il est exposé à la crise ! C'est dire que l'être est sujet à la crise, c'est un animal critique .par la crise l'homme se crée individuellement et collectivement .son histoire transite entre crise et résolution ruptures et sutures ;l'existence est à la fois brisure et cicatrisation ! Une crise implique une rupture dans le flux continu du temps ,une brèche entre le passé et le futur, l'ancien et le nouveau.
Le mot CRISE : provient du grec KRISIS :décision.CRISE est d'abord un terme médical qui désigne le sommet dangereux de la maladie ,le moment décisif caractérisé par un changement qui comporte une menace aigue pour l'intégrité du sujet .A l'idée de crise peut être associée celle de menace de mort ,d'ou une mobilisation de moyens d'action pour la survie.
Il convient de distinguer la crise organique comme par exemple une crise d'appendicite une crise d'asthme de la crise psychique : bien qu'il ne soit pas toujours facile de séparer les deux domaines : l'organique retentissant sur le mental et vice versa. Quoiqu'il en soit la crise est un état paroxystique permettant d'apercevoir ses limites !
Rupture dans le temps, la crise,est aussi rupture en nous même : elle met en cause douloureusement la continuité du soi Elle nous sépare de nous même et pourtant elle s'inscrit dans la chaîne d'une histoire. Qu'est ce que l'existence humaine sinon une succession de crises ?
La première est la naissance : rupture d'avec le sein maternel puis vient la crise oedipienne entre trois et cinq ans ,la crise d'adolescence ,celles de la quarantaine de la cinquantaine. Par dessus le marché nous avons nos crises privées ,intimes plus particulières : crise du couple deuil chômage .Certains peuvent encore s'offrir le luxe d'une crise mystique ou métaphysique Un même individu peut d'ailleurs allègrement toutes les cumuler ! On assiste alors à un emboitement de crises allant du temps court de la vie quotidienne au temps long de la vie sociale et des institutions. Chacune est génératrice d'angoisse.
La crise implique un vécu douloureux. Elle est ressentie par le sujet comme la maladie par le malade, car c'est l'appréciation du patient avant même le jugement du médecin qui détermine ce qu'on appelle la maladie. Le corps n'est pas un simple objet, c'est de l'intérieur que nous l'éprouvons. Il en est de même pour le psychisme. La crise concerne non seulement l'individu mais la société Pour observer la justice, Platon recommandait de prendre un miroir grossissant et de l'examiner dans la cité Il avait déjà compris qu'il existe un lien entre psychologie individuelle et psychologie collective, que l'individu juste reproduit la cité juste Un déséquilibre individuel psychique reflète le plus souvent un déséquilibre social Une société en crise produit des individus en crise. Ainsi depuis les années 80 les suicides auraient doublé en France. Dans une société en pleine mutation, l'individu est condamné à s'adapter en permanence et il a tendance à déprimer.
Crise de l'individu, crise de la société ; Au-delà de la société : le peuple, ''un individu qui est un monde'' (Hegel)Un peuple est d'une part une réalité charnelle : la France est un mélange de sang celte, ,germanique. C'est d'autre part, une réalité spirituelle par ses mythes ses légendes, sa littérature, ses chansons. Un individu traîne avec lui à son insu le vécu de son peuple ; c'est ce qu'on appelle l'inconscient collectif ; il peut aussi souffrir tout à fait consciemment de constater la décadence de son peuple : Lequel d'entre nous n'a pas envie aujourd'hui de crier : ''j'ai mal à la France'' ? Lorsque qu'un peuple voire une civilisation ne sait plus s'aimer, se hait de façon pathologique ne retient de son histoire que le négatif alors les individus ne savent plus non plus s'aimer !
Crise : Déclin ou Défi ? Déclin : Régression, affaiblissement, dépérissement. Défi : Défier c'est refuser de se soumettre, c'est affronter, braver ; Jeter un défi à quelqu'un c'est le mettre en demeure de faire quelque chose en laissant entendre qu'on l'en croit incapable. Le défi est une volonté de provocation. Relever un défi ne se réduit pas à un simple désir ; il s'agit aussi d'une volonté ;cette volonté porte sur un futur indéterminable ; autrement dit la volonté implique non seulement un projet mais la contingence de sa réalisation : à quoi bon vouloir ce qui doit nécessairement arriver ? La volonté suppose le libre-arbitre :si je suis aussi déterminée dans mon comportement qu'une boule de pétanque qui roule et s'arrête en un point en raison de l'impulsion du geste qui l'a lancée de la loi physique (ici le principe d'inertie) qui régit son mouvement,alors à quoi bon vouloir ?
A quoi bon vouloir si de toute façon tout est joué d'avance !Heureusement, la vie d'un individu, comme celle d'un peuple est du domaine de l'improbable. William Pitt, ministre anglais, quand il apprit l'exécution de Louis XVI et les ravages de la Terreur s'était écrié : ''Désormais la France est un blanc sur la carte d Europe !'' C'était exactement treize ans avant Austerlitz !
Quel défi ? s'en sortir, bien sur,rebondir. Déclin ou défi ? Examinons l'alternative :s'il peut y avoir déclin sans crise(ex :le vieillard qui s'éteint peu à peu) et inversement crise sans déclin ( lorsqu'elle est si brutale qu'elle entraîne immédiatement la mort)Ici la crise est déclin et condition du défi De même qu'une crise individuelle. Psychique (dépression) est tristesse et manque d'initiative ; elle peut osciller de l'inhibition où l'action est absente à l'impulsivité où l'action est non contrôlée de même un peuple en crise est sans énergie, sans avenir, du moins le croit-il !à moins qu'il n'explose :émeutes ,insurrections.
La crise que traverse la France, l'Europe est une crise des valeurs Bien sûr on pourrait parler de crise politique de crise de l'énergie de la crise du chômage de la crise démographique de la crise des institutions, mais l'essentiel se situe ailleurs dans quelque chose de plus central de plus fondamental :la crise de civilisation .L'homme européen ne croit plus à ce qu'il fait ni à son avenir et ne donne plus de sens à sa vie.Il se débat dans une mauvaise conscience permanente.
Cette courte réflexion sur ce mal qui ronge l'Europe nous conduit à envisager deux conceptions de la maladie et consécutivement de la crise :
1 celle du médecin grec Hippocrate
Selon lui, l'organisme est constitué de quatre liquides, la santé consiste dans l'harmonie de ces quatre substances ,la maladie dans l'excès ou le défaut de l'une d'elles Guérir c'est retrouver l'état initial.Dans cette perspective, la crise est un effort pour restaurer l'équilibre de l'état antérieur.
2 Une autre plus contemporaine :
Si la maladie est toujours pensée comme déséquilibre,la crise est cette fois envisagée comme un effort pour inventer un nouvel équilibre : après la crise on ne saurait être le même ,on est autre.La crise est une période d'éclatement d'effondrement, d'effritement mais aussi d'enfantement
La crise que traverse aujourd'hui la civilisation européenne n'est pas la première mais c'est la plus douloureuse. Déjà au dix -septième siècle.au-delà d'un déchirement entre catholiques et protestants ,se profilait un conflit entre chrétiens et anti-chrétiens ; alors que le plus grand nombre obéissait à la Tradition, certains n'y croyaient plus .Religieux et rationalistes s'affrontaient. : ceux qui croyaient dans les miracles et ceux qui n'y croyaient pas ,ceux qui considéraient les comètes comme des présages d'évènements funestes et ceux qui se moquaient de telles interprétations. A une civilisation fondée sur l'idée de devoir envers Dieu ,des philosophes ont voulu substituer une civilisation fondée sur la Raison : ce qui devait porter ses fruits un siècle plus tard !
Si les croyances sur lesquelles reposait la société ancienne étaient bien bousculées, la crise avait néanmoins débouché sur un effort de reconstruction à partir de la raison : Édifier une politique sans droit divin.
Une religion sans mystères (religion naturelle). Une morale dissociée de la religion.
La crise des valeurs que traverse la civilisation européenne dès le début du vingtième siècle est autrement plus profonde : Paul Valéry o.Spengler en ont parlé ; le philosophe allemand Husserl déclarait en 1935 : ''les nations européennes sont malades. L'Europe est en crise '' : Elle découle de cet événement dramatique que Nietzche désignait comme la '' mort de Dieu '' qui a fait basculer l'humanité européenne dans le nihilisme.
Qu'est ce que le nihilisme ? c'est l'éclatement, l'effondrement de toutes les valeurs préétablies ...or, grosso modo dès les années soixante on a vu vaciller les différents piliers qui structuraient la vie de chacun Tout ce qui était solide naguère s'est écroulé .Ce véritable séisme a fait de l'homme européen moderne un homme sans guide placé peu a peu dans la situation d'avoir à construire ses propres repères :il n'est plus guidé par le religieux ni par le souverain ;il est devenu un pur individu ;il est désormais libre de se construire ! ses propres règles au lieu de se les voir imposer '' Etre soi même '' ! '' choisir sa vie '' facile à dire !pas facile à vivre ! Certes l'individu est émancipé de la plupart des interdits, mais il est en conflit avec lui même .Que faire ?Sait -il même ce qu'il veut ? Quel sens donner à sa vie ? Narcissique, nombriliste sans tradition sans postérité, il vivote avec un sentiment de précarité Qui peut se vanter aujourd'hui de conserver sa compagne ,son emploi ,son entreprise, son rang social ? Il en résulte fragilité et instabilité.
Le progrès ,idée force au dix neuvième est désormais tenu en suspicion :au lieu d' augurer un mieux les changements futurs présagent des tensions nouvelles :la peur de ne pas s'en sortir l'emporte nettement sur l'espoir d'ascension sociale.
Dans quelle mesure cette crise est elle déclin ? Déclin du devoir : Et non déclin de la morale comme on aurait pu s'y attendre .Le premier fondement de la morale étant la Religion , la '' mort de Dieu '' aurait dû logiquement entraîner l' effondrement de la Morale :si Dieu n'existe pas tout n'est -il pas permis ?Qui peut alors décider dans l'absolu du Bien et du Mal ? Or nous sommes loin d'un flottement intégral des valeurs :à recenser les comités d'éthique, les opérations de charité médiatique ,les actions humanitaires , les diverses croisades contre le harcèlement sexuel la drogue, et tabagisme ...Force est de constater que la morale ne se porte pas si mal !
Déclin de la Morale ? Non pas vraiment ,mais plutôt déclin du devoir religieux, du devoir laïque :il est loin le temps où nous lisions à l'école '' le tour de la France par deux enfants' , livre qui avait pour sous-titre : ''Devoir et patrie' , ou nous étudions l'histoire dans le petit manuel de Lavisse sur la couverture duquel était écrit : ''Tu dois aimer la France !
Déclin du Devoir, crise de la Morale dans la mesure ou il n'existe plus de consensus face à certains grands problèmes : suicide,euthanasie dans la mesure ou cohabitent dans les sociétés contemporaines individualisme du chacun pour soi et valorisation du bénévolat .Ainsi avec le crépuscule du devoir nous n'assistons pas au déclin généralisé de toutes les vertus, mais à des considérations au cas par cas selon des normes individualistes C'est ce qu'on appelle l'éthique.
Elle est déclin de l'autorité. Je dis bien autorité et non pouvoir :si les deux requièrent l'obéissance, l'autorité ne revêt pas la forme d'un commandement. L'obéissance impliquée dans l'autorité est telle qu'elle fait appel à la liberté. C'est peut-être le maintien apparemment paradoxal de la liberté dans l'obéissance qui pourrait définir le phénomène de l'autorité C'est la raison pour laquelle, le recours à la contrainte ne peut appartenir à la sphère de l'autorité ;il relève du pouvoir L'autorité se situe là où il n'y a ni contrainte par force ni persuasion par arguments ;elle s'impose d'elle-même et n'a pas à se justifier.
Or nous avons assisté au déclin de l'autorité du Christianisme :crise des vocations, déclin de la pratique, cela va sans dire !mais aussi à un effacement brutal de cette culture religieuse. :Ainsi il est pratiquement impossible d'évoquer dans le cadre d'un cours de philosophie une parabole comme celle des '' talents '' ou encore celle des '' ouvriers de la onzième heure '' sans se heurter à l'incompréhension des élèves Ce patrimoine culturel fait cruellement défaut à des jeunes de dix-huit ans (cela même dans un lycée catholique où les cours dits de catéchèse , servent plutôt à dispenser l'idéologie politiquement correcte) De plus, le conformisme est aujourd'hui le persiflage le sarcasme à l'égard du catholicisme Pourquoi tant d'animosité a l'égard de Jean-Paul II de son vivant,à l'égard de Benoît XVI ; à présent alors que la figure du Dalai¨lama suscite tant de sympathie ? Certaines pubs manifestent un total irrespect tandis que certaines émissions télévisées (comme les guignols de l'info ) s'acharnent uniquement sur la religion chrétienne ! Le cardinal Ratzinger déclarait : ''Si l'on insulte le Coran on sera puni pour racisme ; si l'on insulte le Christ on va dire que cela fait partie de la liberté d'expression ! ''
Le judaïsme se fait respecter, l'Islam ? n'en parlons pas ! L'orthodoxie à cause de sa forte spiritualité ne connaît pas au même degré ce phénomène ; c'est le catholicisme qui subit le choc de plein fouet Il est vrai que lorsqu'on tend l'échine, toujours prêt à la repentance, il ne faut pas s'étonner !
Déclin de l'autorité politique. Non seulement l'Européen moyen se désintéresse de la politique pour ne s'occuper que de sa vie privée, laissant les affaires communes à l'Etat-Providence, supposé assurer son bien-être et son confort ,mais il affiche son mépris de la sphère politique.'' Tous pourris '' ! croit -il ! et les magistrats de plus en plus encouragés par l'Opinion s'acharnent à mettre en accusation les politiques. Enfin ceux-ci comme honteux d'avoir à assumer une pareille charge travestissent leur discours et voilà que le discours politique se transforme en discours moral, humanitaire.
Au lieu d'avoir une politique commandée par la morale :le politique devant réaliser la Justice (projet un peu utopique certes ,mais néanmoins noble !)on a de plus en plus une morale commandée par la politique :dénonciation du racisme, du fascisme,de la pédophilie de la vitesse au volant Que sais-je encore ? Et notre vie politique est en train de pourrir à cause de ce nouvel ordre moral. On occulte l'essence même du politique sur lequel je reviendrai tout à l'heure.
Cette crise du politique repose elle-même sur une crise de l'identité collective .Faute de se connaître comme un peuple, une nation mais de plus en plus contraints de se reconnaître comme une société plurielle, multiculturelle,on renonce alors à l'idéal républicain qui consiste à se penser comme une société soudée animée par un idéal commun. Comme un ''ado'' mal dans sa peau qui se cherche et qui se demande : 'Qui suis-je''? Les Français sont tentés de se poser la même question : QUI SOMMES NOUS ? un agglomérat de populations ? ou encore un peuple ?
Déclin de l'autorité des éducateurs. Il existe bien sur, un lien entre le déclin de l'autorité dans la vie publique et son déclin dans un domaine pré-politique comme l'école. Or il y eut une époque où l'institution scolaire même laïque avait quelque chose de sacré ,où, la fonction même d'instituteur ,de professeur était respectée :le maître incarnait l'Institution ;il ne lui serait pas venu à l'esprit de s'adresser à ses élèves dans l'argot de quartier Il ne serait pas non plus venu à l'esprit d'un ministre de l'éducation nationale d'exprimer publiquement son mépris pour les professeurs ,n'est-ce pas monsieur Allègre ?Ce sont ces piliers qui manquent.aujourd'hui à l'enseignement. Faut il rappeler que l'autorité tire son poids du passé ? Or lorsque les prétendues sciences de l'éducation valorisent excessivement la pédagogie en faisant d'elle la science de l'enseignement en général au point de l'affranchir complètement de la matière à enseigner elles sapent à l'avance l'autorité des maîtres :on enseigne en effet aux jeunes stagiaires des IUFM à enseigner non à maîtriser un savoir particulier ; à remplacer le goût des grandes oeuvres par celui des articles d'actualité. L'École n'a pas à être à la remorque de l'actualité elle doit tirer son autorité du passé.
Si le déclin de l'autorité politique rejaillit sur l'Éducation, inversement le déclin de l'Education rejaillit sur la vie politique : Les philosophes nous ont appris que faire de la politique c'est parler. Autrement dit,échanger des arguments débattre au lieu d'échanger des coups de poing ou des coups de couteau ! Or un grand nombre de nos bacheliers sont désormais incapables d'aligner plus d'une trentaine de mots dans une copie ou de comprendre un texte d'une douzaine de lignes Comment envisager une vie démocratique dans ces conditions ? Il s'ensuit inévitablement une dénaturation des campagnes électorales comme on a pu le constater lors des dernières municipales de Toulouse où les ''Motivés'' réduisaient la participation politique à des trémoussements sur une piste de danse !
À force de décliner on glisse, pas si lentement que cela mais sûrement vers la barbarie :l a destruction de ce que l'humanité a produit de meilleur !
Défi, Défi immense compte tenu de l'ampleur du chantier ! Que pouvons-nous faire face à cette crise de civilisation ?Si j'ai tenu à rattacher la crise à l'être vivant en début d'exposé ,cette attribution a des limites en ce qui concerne le déclin :le processus de décadence que connaît la France ne saurait être comparé à la dégénérescence qui frappe les cellules du corps au soir de la vie C'est un argument que Bruno Mégret développait dans une lettre à Jean Raspail il y a environ un an :le déclin de l'Europe et de la France a été provoqué du moins fortement encouragé par la trahison des dirigeants. Nous pouvons donc le combattre !
Or le temps presse nous avons rendez-vous avec l'Histoire ! Ce n'est pas le moment de rentrer dans sa coquille ; l'heure n'est plus à l'attente molle de circonstances salvatrices ni au radotage dans l'inertie. Inutile de lancer des propositions-gadgets de mettre en place des numéros verts ! Il faut agir ;même si la croyance dans un sens de l'Histoire est dépassée, il n'est pas pour autant interdit de se mobiliser pour réorienter le cours de notre histoire.
Relever le défi c'est ne pas être polarisé sur le passé, c'est être courageux et décidé ; c'est vaincre scepticisme et cynisme. Or, nous l'avons dit tout à l'heure, un peuple dépressif comme un individu dépressif se pense dépourvu d'avenir.
D'où vient le défi ? De l'ennemi. Cessons une fois pour toutes de ne voir l'ennemi que sous son aspect militaire !De l'ennemi réel et non virtuel. De l'ennemi extérieur : C'est l'ISLAM qui nous lance le défi même si ce n'est pas lui qui nous a plongés dans la crise, il se réjouit tout de même de nous y voir patauger !A travers sa violence ou son mépris il nous dit à peu près ceci : Peuples avachis, enlisés dans le matérialisme,la pornographie que faites vous de vos valeurs ? Vous êtes morts ou presque ! Bientôt vous n'existerez plus ! Toute musulmane qui arbore un foulard nous nargue et nous lance ce défi !
Relevons donc ce défi face à l'islam ce ne sera pas tout à fait la première fois ! Souvenez vous ! L'Europe a surgi lorsque l'Empire Romain s'est écroulé Les pays du Maghreb romanisés christianisés, après avoir résisté ,ont finalement cédé à l'Islam et tourné le dos au Monde romain : en 698 les Arabes sont à Carthage. L'islam va stériliser le sud de la Méditerranée.
Alors pour rétablir l'équilibre, l'Empire Carolingien va se constituer ;il prend pour capitale Aix la Chapelle et sera dominé par une influence nordique .Bien sûr l'Europe de Charlemagne ce n'est pas notre Europe, elle est beaucoup plus petite, l'Espagne occupée par les Arabes lui échappe ainsi qu'une partie de l'Italie ;néanmoins l'Empire Carolingien est la préfiguration de notre Europe ; Charlemagne était impensable sans Mahomet.
De l'ennemi intérieur. Gauchistes collaborant ouvertement avec l'ennemi, Gauche et Droite molle qui refusent de l'identifier et qui prétendent être dans le sens de l'Histoire !et puis la ritournelle des vaincus de tous bords qui nous rabâchent que c'est fichu, qu'il faut partir ! sans trop préciser où d ailleurs, !...Comme si nous étions décidés à '' leur '' abandonner notre terre nos châteaux nos cathédrales !
Comment relever le défi ? Je ne vous exposerai pas un programme :des personnes beaucoup plus compétentes que moi l'ont déjà fait.Bruno Mégret a proposé en juin dernier dans le cadre d'un colloque, une stratégie pour la France.
Je me bornerai à faire deux remarques
-La crise européenne est d'abord une crise du sens, une défaillance du sens. La raison est en crise : elle oscille entre positivisme (scentisme) et nihilisme. Solution élaborer une discipline qui éclairerait les sciences sur leur fondement, qui redonnerait une unité de sens face à l'Islam ce formidable pourvoyeur de sens .Vaste programme ! Husserl terminait sa conférence de 1935 par ces mots : '' La crise de l'existence européenne n'a que deux issues :soit la décadence de l'Europe ...La chute dans l'hostilité à l'Esprit et la barbarie ...soit la Renaissance de l'Europe...grâce à un héroïsme de la Raison '' Redonner du sens : tâche du philosophe ! Travail d'ancrage, d'étayage :tâche infinie qui nous dépasse vous et moi !
Relever le défi c'est aussi la tâche du politique :face au déclin le véritable responsable politique est celui qui sait renoncer à l'utopie ;c'est trop facile de rêver d'imaginer un monde idéal Il sait rompre avec les hésitations, l'irrésolution et décider de façon claire et clairvoyante ;il élabore un projet à long terme et non pour cent jours ,un projet bon pour la France et l'Europe et non pour récolter des voix à n'importe quel prix. Il concilie pensée et action.
Quant à vous militants, il y a deux écueils à éviter : l'immobilisme et l'action non contrôlée. Vous avez su éviter le premier puisque vous êtes là ! mais gare au deuxième écueil ! gare aux excités, donneurs de leçons qui confondent parole politique et vocifération,action et gesticulation. Manipulés par divers démagogues ils revendiquent l'action pure.Or l'action pure c'est la dévalorisation des idées quand ce n'est pas tout simplement la haine de la pensée !
La crise, épisode douloureux pour un individu une société, un peuple, l'est aussi pour une civilisation. La civilisation européenne traverse une crise profonde ;cette crise est principalement déclin de l'autorité et du devoir.Cela prouve néanmoins qu'elle est encore vivante ; seulement cette crise peut nous être fatale car nous avons aujourd'hui en face de nous un ennemi extra européen bien décidé à nous détruire .L'Europe pourrait alors être réduite à sa position géographique, redevenir un petit cap du continent asiatique ou pire le dépotoir de l'Afrique !l'Européen de souche jouant le rôle de gardien de musée !
Si nous la surmontons, cette crise ne débouchera pas sur la restauration d'un équilibre antérieur; nous ne ressusciterons pas l'Ancien Régime ni l'Europe de grand papa ; il nous faudra inventer un nouvel équilibre et intégrer cette crise dans notre histoire. La crise présente l'avantage de faire vaciller les préjugés, de bousculer les barrières de classe encore fortes dans certains pays ; elle fait tomber les masques et nous éclaire sur nous même Elle peut nous permettre de nous reconstruire et de réaffirmer nos valeurs ! A l'image de certaines crises organiques qui expulsent le pus, le sang, les matières, elle vide les abcès.
Le défi est immense, certes, mais nous n'avons pas le droit de ne pas le relever. La grandeur du politique découle de ce défi ! Méditons pour terminer cette pensée de Nietzsche : ''Appris à l'école de guerre de la vie : ce qui ne me tue pas me fortifie ! ''
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