Paris - Saint Germain-des-Prés - 24/09/05 - Discours de Jean-Claude ABSIL

L'échec de l'intégration
Intervention au colloque "l'immigration est-elle une fatalité ?"


L'intégration ! Mot magique lâché en pâture qui permettrait, comme par enchantement, de résoudre les délicats problèmes de cohabitation entre des populations aux moeurs, coutumes, langues et religions différentes, bref de cultures parfois opposées... Et tout cela sans que l'on ait demandé l'avis au principal concerné, le peuple d'accueil, toujours plus sollicité pour faire de la place à l'autre et mettre la main à la poche. Comment se pourrait-il qu'en France cela fonctionne sans heurts, dans une situation apaisée, alors que partout dans le monde le mélange de populations est un facteur de tensions : pacifiée la Bosnie découpée en deux entités et écartelée entre trois peuples ? Tranquille le Kosovo ? Apaisé le Sri Lanka ? Normalisé le Liban ? Réunifiée l'île de Chypre ? Amoureux Tutsis et Hutus ? Exemplaire l'Afrique du Sud '' arc-en-ciel '' post-apartheid ? Même le Canada ou la Belgique connaissent des problèmes identitaires sur toile de fond de querelle linguistique.
Qu'est-ce que cette intégration dont on nous vante tant les mérites ? Le Larousse nous dit que l'action d'intégrer consiste '' à faire entrer dans un ensemble plus vaste, à incorporer, à inclure. '' La définition va même jusqu'à évoquer '' l'assimilation entière à un groupe. ''
Les leçons de Jacques Soustelle
Jacques Soustelle, l'ancien chef du BCRA de Londres, ex-ministre du Général de Gaulle en rupture avec ce dernier pour cause d'Algérie française, opposait à l'intégration '' l'assimilation '' chère aux Portugais de jadis dont l'empire colonial était constitué d''' indigènes '' et d'assimilados. Pour l'éminent spécialiste des civilisations précolombiennes qu'était Soustelle, l'intégration n'est pas l'assimilation puisqu'elle admet que celui qui veut s'insérer dans le groupe majoritaire ait une autre personnalité culturelle, linguistique, voire ethnique. Grave ambiguïté. Il estimait que si l'Algérie devait demeurer partie intégrante de la République, sa personnalité culturelle, linguistique et religieuse devait être solennellement garantie. On sait le sort que l'histoire a fait au destin algérien. Mais justement, l'histoire nous rattrape car, si de plus en plus d'immigrés viennent d'Asie, d'Afrique noire ou des pays de l'Est, le socle majoritaire est essentiellement encore composé de maghrébins et/ou de mahométans. Pourquoi cette intégration que nous avons échoué à réaliser en AFN réussirait-elle mieux en France quarante-trois ans après les événements que l'on sait ?
Ambiguïté et illusions...
Il y a une ambiguïté évidente dans le fait de vouloir intégrer des personnes d'origines variées, aux us et coutumes différents en souhaitant qu'à terme elles se coulent dans la société française ; il y a une contradiction énorme entre les chimères d'une '' francisation '' illusoire et la réalité où les nouveaux venus sont le plus souvent totalement étrangers à notre mode de pensée, à nos mentalités et à nos traditions.
Pendant des années, on nous a servi en exemple le multiculturalisme britannique ou le melting-pot américain. On nous disait que pour faire avancer la mobylette française, il lui faut du mélange ... Et l'on vantait la merveilleuse société britannique, si ouverte, si accueillante, si tolérante, qui permet aux immigrés de garder leur langue et leurs coutumes... Imaginait-on que quelques années plus tard des jeunes gens parfaitement '' intégrés '' au Royaume-Uni, allaient se désintégrer en entraînant dans la mort plus de 50 Britanniques ? Au sujet du melting-pot réussi des Yankees, on oublie sciemment de dire qu'il n'a réussi qu'entre immigrants de souche européenne (c'est-à-dire entre individus partageant les mêmes valeurs) et que le communautarisme le plus sournois et le plus rigide continue de lézarder la société américaine.
Il n'y a pas d'intégration réussie (ni même possible) d'un bloc minoritaire au sein d'une société organisée si les individus qui constituent la minorité ne renoncent, individuellement et un par un, à ce qu'ils sont pour se fondre dans le moule majoritaire. Chacun à leur manière, les Portugais et les Afrikaners l'avaient bien compris. Sans assimilation pure et simple - c'est exactement ce qu'ont réussi les multiples ethnies des origines pour faire, au cours des âges, la France - nous courons à notre perte, c'est-à-dire que nous sombrerons dans le communautarisme, la juxtaposition sur un même territoire de blocs antagonistes - voir la Bosnie et le Kosovo - ou, dans le meilleur des cas dans une situation à la québécoise, fondée sur le concept de '' société distincte '' qui peut, au Canada, demeurer pacifique car les divers peuples concernés partagent la même civilisation.
Nous voyons bien la folie qu'il y a à laisser entrer sans cesse des populations allogènes toujours plus nombreuses, dont le nombre même empêche leur absorption par la société française. Il n'y a pas d'autre alternative à l'assimilation que... l'assimilation !
L'intégration, c'est non !
Nous rejetons par pur pragmatisme le concept d'intégration. Malgré les efforts financiers considérables consentis - politique de la ville, zones franches, discrimination positive, ZEP , aide médicale d'Etat, CMU, allocations familiales étendues à la polygamie, CV anonyme, mixité sociale - malgré ces efforts énormes, nous constatons l'échec total de l'intégration.
Et nous ne sommes pas les seuls à le dire, même si l'analyse et surtout les conclusions sont divergentes. Par exemple, l'UMP (motion de synthèse du 9 juin dernier à la convention '' Pour un projet populaire '') constate tout d'abord que l'immigration est devenue un sujet de crispation de la société française - ah, bon ? -et que le chômage de masse, la panne d'ascenseur social, la concentration des immigrés et de leurs descendants dans les quartiers périphériques dégradés - là, je ne suis pas d'accord : beaucoup a été fait pour réhabiliter ces cités vandalisées - tous ces facteurs ont rendu plus difficile ce processus de l'intégration qui est toujours un défi pour la société.
Oui, un défi que le sieur Stasi, ancien député-maire d'Epernay, à qui Chirac avait confié le 3 juillet 2003 la présidence d'une commission d'experts chargés de réfléchir à la laïcité dans la République, se faisait fort de relever. Stasi n'avait pas hésité à commettre un livre dans lequel on pouvait lire notamment à propos des '' jeunes '', je crois en effet, que, si la possibilité ne leur est pas donnée de retrouver et d'épanouir leur identité originelle, ces jeunes ne seront pas aptes de s'engager sur la voie de leur assimilation. Contradiction fondamentale M. Stasi ! Assimilé Khaled Kelkal, organisateur d'attentats, abattu par les forces de l'ordre le 29 septembre 1997 ? Assimilé Boualem Bensaïd, principal auteur du massacre à la station de métro Saint-Michel le 25 juillet 1995 ? Assimilé Saphie Baghouia, le tueur fou au bazooka à Béziers, pour ne prendre que ces trois exemples parmi tant d'autres ?
'' Une chance pour la France '', l'immigration ? Il semble que ce ne soit plus l'avis d'Eric Raoult, UMP, ancien ministre, vice-président de l'Assemblée nationale, c'est lui qui parle (pas nous) : Le stock d'étrangers en situation irrégulière a la particularité d'être demandeur en aides sociales, et d'ajouter Il y a dans le 93 - dont il est député - des dépenses supplémentaires concernant la part du département sur le fonds de solidarité logement à destination des familles nombreuses qui perçoivent des allocations familiales : vous voyez ce que je veux dire ...
La peur de l'islamisme semble délier les langues. Philippe de Villiers, se sentant pousser des ailes, monte au créneau et reçoit des flèches des ligues de vertu, MRAP, SOS-Racisme et autre Ligue des Droits de l'Homme lorsqu'il déclare que '' nous ne pouvons pas continuer à assister impuissants à l'islamisation progressive de la société française ''. Plus étonnant, mais éminemment révélateur, c'est le médiatique Bernard Kouchner qui n'a pas peur de déclarer que '' nous devons affronter un fascisme islamique ''. Pourquoi cette digression en direction de l'islam ? mais parce que cette question est indissolublement liée à l'immigration et, partant, à l'intégration.
Rappelons à ce propos que si tous les Arabes ne sont pas musulmans et que si tous les musulmans ne sont pas terroristes, tous les terroristes islamistes sont musulmans !
Les chiffres - du moins ceux qui sont publiés - parlent d'eux-mêmes. 217 000 titres de séjour octroyés en 2004 contre 125 000 en 1995. L'installation en France au titre du mariage a doublé par rapport à 2003 : 50 000 contre 23 000. En 2004, 65 000 demandes d'asile ont été déposées contre seulement 20 000 en 1997. Le nombre des étudiants étrangers - ceux qui ne repartent pas et qui privent ainsi leur pays d'origine du savoir-faire acquis chez nous - est en forte augmentation, passant de 149 500 en 1999 à 245 300 en 2004. Jusqu'où irons-nous ?
CONCLUSION
Nicolas Sarkozy, ministre de la parole, gonfle ses muscles, bombe le torse, façon '' vous allez voir, ce que vous allez voir '' et la montagne accouche d'une souris : quarante clandestins afghans seulement réexpédiés chez eux courant août (et dans un vol commun avec les Britanniques.) Avec l'Airbus A-380, il pourra faire mieux !
La France subit un véritable tsunami migratoire. Dans ces conditions comment même '' intégrer '' et encore moins assimiler ? Progressivement, notre pays change de visage. A Paris, on peut faire le tour du monde en 80 stations de métro ! Quotidiennement, de nouvelles preuves de la communautarisation de la société française nous perturbent, nous agacent, nous inquiètent... Quand on veut s'immerger dans un pays et faire corps avec sa nouvelle patrie, on largue les amarres : on doit oublier les attaches sentimentales, linguistiques et autres pour adopter la culture du pays d'accueil. C'est ça l'assimilation. En cas contraire, c'est de l'insertion, une greffe qui ne prend pas, et c'est là tout l'échec de l'intégration. Formons le voeu que cette '' intégration '' ratée ne soit pas le prélude à notre désintégration !

http://www.m-n-r.net/discours161.htm