Paris - Baylone - 07/02/02 - Discours de Isabelle LARAQUE
Etre femme en terre d'islam Discours au colloque "les femmes et l'islam"
Cet exposé n'est pas un témoignage mais une brève réflexion sur une condition qui ne peut laisser d'autres femmes indifférentes : car c'est bien en terre d'islam que la femme est aujourd'hui la plus opprimée.
Quoiqu'en disent certains islamologues qui depuis que les pays arabes ont les moyens de consacrer un budget à la propagande naviguent ''aux frais de la princesse'' de réceptions en hôtels 5 étoiles ; en échange ils sont chargés de véhiculer l'image d'un islam à l'eau de rose, apôtre d'une soit disant tolérance ou de répéter à qui veut bien les entendre que ''la femme musulmane est plus favorisée que sa soeur chrétienne'', que l'islam est pour la femme ''un facteur de promotion voire de libération."
On peut toujours faire croire n'importe quoi aux âmes crédules : ainsi d'après une tradition du 18ème siècle les crottes de Mahomet étaient bien parfumées ! ( ). Or, tout mensonge répété devient vérité : c'est bien connu.
''En terre d'islam'', le Royaume d'Allah ne cesse de s'étendre. De la Mauritanie à l'Indonésie en passant par le Maghreb, la Turquie, le Pakistan, l'Iran, le Nigeria, le Soudan, et j'en oublie Pays riches (Arabie Saoudite) ou pays pauvres (Pakistan, Soudan), la condition féminine n'est pas partout la même : entre la Tunisienne instruite, libre de circuler, de se marier, de voter et d'être élue et la Saoudienne qui n'a pas le droit d'entrer seule dans un café ni de conduire une voiture, l'écart est grand.
'' Etre femme en terre d'islam, aujourd'hui." ''L'aujourd'hui '' est-il si différent de l'hier ? Excepté la Tunisie, la Turquie : pays réputés plus ''ouverts'', tous les peuples n'ont pas la chance d'avoir eu un Ataturk pour les propulser dans l'Histoire avec un formidable coup de pied au derrière ! L'aujourd'hui est-il si différent de demain ? Quel devenir pour ces peuples qui sont soumis à des règles resurgies du passé se référant à des doctrines figées depuis le 13ème siècle dans un dogmatisme complet.
Déjà au 17ème siècle, l'illustre voyageur Chardin s'étonnait que le costume d'Ispahan fût toujours le même ; et Montesquieu dans ''L'esprit des lois'' décrira le despotisme comme un régime Hors-Histoire, régime où l'on trouve des anecdotes, des histoires de harem, d'eunuques mais où rien ne s'inscrit comme historique. A l'issue d'un récent reportage télévisé consacré aux femmes en Afghanistan, on pouvait voir une fête de mariage et en gros plan une femme se déhancher au son d'une musique et la journaliste de conclure '' l'Afghanistan se remet à danser ''. Qu'il soit permis d'en douter ! Non seulement pour l'Afghanistan mais pour d'autres pays d'islam surtout si nous entendons par ''DANSER'' une ''manière totale de vivre le monde."
Cette définition a été proposée par un philosophe contemporain que j'hésite à citer devant cette assemblée car il a doublement mal tourné : d'abord communiste stalinien exclu du PC, puis converti à l'islam : il s'agit de Roger Garaudy. Avant de sombrer dans cette nouvelle forme de totalitarisme, il avait écrit un beau livre sur la Danse qu'il désigne comme l'activité où l'être humain se trouve engagé totalement : corps esprit coeur.
Ce que je me propose d'esquisser ce soir, devant vous, comme démonstration : c'est que la femme en terre d'islam aujourd'hui est empêchée dans la plupart des pays de se réaliser sous ces trois dimensions : elle n'est donc pas prête de se remettre à danser.
1. Le corps
Dans cette culture où déjà la naissance d'une fille est considérée comme une catastrophe, la femme ne vit pas son corps ; elle ne le ressent qu'à travers les douleurs des règles et de l'accouchement. Son corps n'est pas saisi comme rayonnement d'une subjectivité mais comme une chose empâtée que n'anime aucun projet sinon d'être là ; d'où pour beaucoup, cette passivité, cette nonchalance, cette boulimie de pistaches ou de loukoums. L'idéal de beauté ne fait pas de place au sport ou très peu : l'Algérienne Hassiba Boumeka est une exception ; elle fut d'ailleurs blâmée pour avoir osé montrer ses cuisses aux jeux olympiques de Tokyo.
Au Pakistan, dès 1977, il fut interdit aux femmes de participer à des compétitions sportives. Le fondamentalisme fait du corps féminin un objet de honte, de pudeur excessive. La fonction du voile est de recouvrir l'Awra, alors que chez l'homme l'Awra est bien définie : c'est la partie du corps qui se trouve entre le nombril et les genoux et qui doit demeurée cachée sauf aux épouses, personne ne semble d'accord sur la définition de l'Awra chez la femme : l'Awra désignant les parties honteuses du corps, la femme serait tout entière Awra sauf peut-être les mains et les yeux.
La voile, destiné à inhiber le désir masculin est le symbole de la servitude féminine ; il est destiné à la soustraire à la convoitise de l'autre. Ainsi, soigneusement emballées les femmes se retrouvent interchangeables, sans visage. Habillée dans un sac, elle doit raser les murs à pas furtifs. La coquetterie est interdite : le vêtement ne doit pas être parfumé ni trop somptueux.
Interdiction de se farder ou d'interférer avec la nature de quelque façon. Le même mollah qui condamne le maquillage ou la chirurgie esthétique parce qu'ils prétendent corriger la création divine ne voient aucune contradiction à tolérer l'excision : corps non seulement caché mais meurtri.
L'excision : Si l'islam n'a pas inventé cette pratique c'est un héritage africain la tradition est alors plus contraignante que le Coran. Rare dans le Maghreb, cette pratique est très répandue au Yémen et au Nigeria donc en terre d'islam. Mais ce n'est pas seulement à travers l'acte d'exciser que s'incarnent toutes les peurs de la féminité mais à travers toutes ces violences subies par les femmes : femmes battues dans leur foyer (de 70% à 80% au Pakistan), fouettées en public comme récemment au Nigeria, une jeune fille a été condamnée à recevoir 180 coups de fouet pour avoir eu des relations sexuelles en dehors du mariage.
Femmes balafrées, vitriolée, en Algérie pour avoir osé résister au fIS. Femmes violées. Femmes séquestrées.
Au Pakistan, des femmes sont incarcérées dans diverses prisons du pays sous de fausses accusations d'adultère ; et les gardiens les soumettent à toutes sortes d'humiliation pouvant aller jusqu'au viol. En Afghanistan, des femmes sont encore incarcérées parce qu'elles avaient tenté de s'enfuir de chez elles.
Femmes lapidées : au Pakistan en Iran. Au Nord du Nigeria où le 14 janvier dernier une femme qui a été violée est condamnée par un tribunal islamiste à être lapidée à mort pour adultère. Selon la charia réintroduite en l'an 2000 dans plusieurs Etats du nord du Nigeria, une femme mariée une première fois même si elle a ensuite divorcé commet un adultère si elle a des relations sexuelles sans être remariée.
Or une lapidation ne consiste pas à lancer à la victime quelques petits cailloux : non, on creuse un trou de plus d'un mètre, la condamnée est ensevelie jusqu'aux épaules les bras à l'intérieur du trou. Puis on dessine un cercle à environ 8 mètres du trou ; et à partir de là les brutes lancent des pierres les plus grosses possible jusqu'à ce que le crâne éclate et que la cervelle se répande sur le sol.
Partout cette violence qui trahit un échec de la force et surtout une énorme pathologie des hommes dont les pulsions sexuelles sont transformées en pulsions de mort.
Alors, j'entends s'élever le choeur des islamologues bien pensants : '' l'islam a décomplexé la sexualité ! '' en réalité totalitaire le Coran prétend régenter tous les domaines de la vie privée y compris la sexualité.
Je vous laisse apprécier : la Sourate 2 ''vos femmes sont pour vous un champ de labour, allez à votre champ comme il vous plaira."
2. L'esprit
''Empêchez-les d'écrire ; n'ajoutez pas un mal à un malheur'' déclarait Ali, cousin du prophète. Est-ce que l'islam considère les femmes comme intellectuellement inférieures ? Cela n'est pas certain. Si elles sont empêchées de s'épanouir intellectuellement c'est pour des raisons d'ordre moral du genre : ''Si on laisse sortir les femmes ce sera la débauche." C'est donc avant tout un problème d'espace : l'accès à l'école passe par l'accès à la rue. Et puis la jeune fille, son diplôme en main, va chercher un travail, démarche logique mais qui va en terre d'islam, à l'encontre de l'obligation faite à tout homme de subvenir à l'entretien de son ou ses épouses. Ce qui perturbe l'islam, c'est la confusion des rôles et des espaces.
Conséquence : taux élevé d'analphabètes : au Maroc : 78,6% ; en Tunisie : 62% ; en Arabie Saoudite : 75,4% ; au Pakistan : 90%. En Algérie, taux également très élevé : on y cumule deux handicaps : une politique scolaire discriminatoire à l'égard des filles et une régression du système éducatif depuis Boumedienne qui confia l'école à des instituteurs égyptiens la plupart intégristes de la mouvance des frères musulmans : les programmes furent chamboulés, tout ce qui permettait l'éveil, le sens critique fut prohibé : système éducatif qui accoucha d'une horde d'incultes.
Peu instruite ou mal instruite, la femme est considérée comme une mineure : - D'abord elle doit impérativement se marier.
- La célibataire est marginalisée, considérée comme une diablesse et pour se marier elle a besoin d'un ''wali'' (tuteur matrimonial) pour la donner en mariage et ce, quel que soit son âge. La wali peut être le père ou le frère ou l'oncle paternel et dans le mariage on constate l'absence totale de la notion d'association et la femme ne dispose pas librement de sa dot.
- La répudiation unilatérale par le mari sans justification demeure la règle dans la majorité des pays. Toutefois en Turquie, en Tunisie, au Sénégal elle est interdite. La mère a le droit de conserver la garde des enfants à condition qu'elle ne se remarie pas.
- La polygamie : à l'exception de la Turquie et de la Tunisie où elle est interdite, les hommes sont autorisés à prendre plusieurs épouses (quatre, selon la loi musulmane).
- Elle ne peut témoigner. On peut donc la violer impunément. Il est impossible à une femme d'accuser un homme de viol puisque quatre hommes face à elle doivent témoigner !
- Enfin, en cas d'héritage, les femmes reçoivent la moitié de ce qui revient à l'hériter mâle. Ainsi en cas de décès des parents, la fille reçoit la moitié de la part accordée à son frère et la veuve 1/8 des biens du défunt mari. Inégalité qui se retrouve même en Tunisie où le garçon hérite des deux tiers et la fille d'un tiers seulement. Certes me direz-vous, mais les Syriennes ont obtenu le droit de vote en 1949, les Egyptiennes en 1956, et la Turquie est un pays laïque où aucune référence à l'islam ne figure dans la Constitution : seul pays où la pleine égalité entre les hommes et les femmes est consacrée par la loi.
Pour combien de temps ? L'Algérie avait, elle aussi, une législation laïque jusqu'en 1984, reconnaissant l'égalité entre hommes et femmes. Or Chadli avait des gages à donner aux intégristes. On assiste à une régression du droit des femmes.
3. Le coeur
Au sens pascalien du terme : siège de la sensibilité, de la profondeur, des connaissances intimes et intuitions ; c'est par le coeur que nous savons immédiatement que nous aimons un être humain, une oeuvre d'art. C'est par le coeur que nous nous engageons pour défendre une noble cause comme adhérer au MNR Or, la femme en terre d'islam aujourd'hui peut-elle se réaliser dans la création artistique ? Non, car la culture du monde islamique est malade.
Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Tahar ben Jelhoun qui en dresse un constat plutôt sombre dans un article du Monde de juillet 1985 : ''Citez-moi le nom d'un seul objet de ce siècle, d'une seule école de pensée, de science ou d'art que nous ayons créés." Sauf exception très sectorielle : architecture et poésie, la culture arabe a cessé d'innover, de créer, de renouveler ; en peinture, en musique, théâtre, cinéma, aucune femme n'est citée : la chanteuse Oum Koulsoum est morte en 1975 sans postérité musicale. Ce n'est pas étonnant ; pour peindre, composer, écrire, pour créer, il faut la liberté, ou l'exil.
En matière de culture, il n'y avait donc plus grand-chose à étouffer : néanmoins les islamistes professent qu'il faut refuser l'Art au profit de la Foi. Toute forme de création artistique est taxée d'hérétique parce qu'elle est perçue comme faisant concurrence à Dieu.
Le seul espace où le coeur des femmes puisse s'investir c'est la résistance, le combat. Comme en témoignent les téméraires de RAWA association clandestine de résistance de femmes afghanes : ce sont elles qui ont filmé les exécutions publiques au stade de Kaboul : images vues depuis, partout dans le monde ; ce sont elles qui ont créés sous les Talibans des écoles clandestines. Aujourd'hui, libérées de ces monstres, elles n'accueillent pas pour autant dans la joie le retour au pouvoir de ceux qu'elles désignent comme les criminels de l'Alliance du Nord : elles étaient environ 200 dans les rues de Peshawar à le crier.
Elles revendiquent l'égalité pour les femmes ; de vraies élections ; la démocratie ; des orphelinats, des écoles. Des ateliers où pourraient travailler les 30 000 veuves de guerre au lieu de mendier.
Déjà en Algérie en 1992, des femmes avaient refusé le Diktat du FIS. En Turquie, en 1994, des femmes ont résisté le jour où le parti religieux a remporté les mairies de 21 villes y compris Istanbul et Ankara. Même certains courants islamistes c'est un comble ! ont mis en avant des femmes en l'absence d'hommes tués ou incarcérés, elles ont joué un rôle indispensable dans la formation de réseau de solidarité, la prise en charge de militants en fuite et transgressé par là l'espace public masculin par excellence : le monopole de la violence (Palestiniennes du Hamas, Libanaises du Hezbollah).
Conclusion :
Alors, la femme en terre d'islam aujourd'hui, se remet-elle à danser ? Par ''danse'' nous entendons non pas une contorsion de chairs flasques ou de ventres mous au son d'une musique de bazar, mais une manière totale de vivre le monde. La danse est comme le disait Nietzsche ''une puissance affirmative de vie'', ''l'expression d'une surabondance de vie."
Elle a pour contraire : ''l'esprit de lourdeur'', c'est-à-dire tout ce qui fige l'être humain dans la répétition, l'habitude, la sclérose. Avec un corps meurtri, un esprit ligoté, un coeur au chômage excepté pour de rares militantes, non, décidément en terre d'islam aujourd'hui la femme n'est pas prête de se remettre à danser sinon comme jadis les fous de l'asile de Bicêtre : au bout de leurs chaînes !
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