Dossier du 10/06/03 Et si l'on cessait de reculer ? Tribune de Bruno Megret sur les reculades du gouvernement
Ainsi donc, le gouvernement, comme ses prédécesseurs, aura-t-il reculé sous la pression de la rue. Certes, les circonstances ne sont pas celles qui avaient conduit Juppé à capituler en 1995 ou Chirac à retirer le projet Devaquet en 1986. Mais elles n'en sont que plus humiliantes car, cette fois, le pouvoir dispose d'une majorité écrasante à l'Assemblée nationale et d'un président élu avec 80% des suffrages.
Or, dans les trois cas, ces reculades procèdent de la même démarche et me paraissent révélatrices d'une faiblesse très caractéristique des responsables politiques du centre-droit.
Car le scénario est toujours le même : pour éviter de soulever une opposition très forte, le pouvoir utilise la méthode des petits pas. La réforme qu'il propose n'est donc qu'une faible partie de ce qu'il faudrait entreprendre et présente dès lors un double inconvénient. Elle est tout à fait insuffisante pour résoudre les problèmes, mais parfaitement apte à susciter une opposition majeure. Résultat : le gouvernement se trouve systématiquement conduit à reculer. Son projet est, en effet, trop insignifiant et, dans la balance coûts avantages, il ne pèse pas assez lourd pour justifier une épreuve de force qui provoquerait de graves perturbations de la vie nationale.
Et tel est bien le cas aujourd'hui avec ce projet de décentralisation concernant certains personnels de l'Éducation nationale dont MM. Ferry et Sarkozy ont repoussé le dépôt. Tout utile qu'elle soit, cette réforme n'est évidemment pas de nature à résoudre la crise de l'école. Elle a cependant suscité une vive opposition qui a provoqué la reculade du gouvernement. Ce dernier échec condamne la méthode Raffarin de nouvelle gouvernance mais aussi d'ailleurs les techniques des gouvernements précédents qui toutes se caractérisent par le même refus d'affronter les difficultés.
Pour ma part je crois qu'il est temps pour la France d'envisager une autre stratégie, surtout pour ce qui concerne l'Éducation nationale. Car, c'est maintenant clair, ce secteur, pourtant essentiel à la nation, se trouve totalement sclérosé et verrouillé. Alors que le monde de l'enseignement connaît une crise très grave, toutes les tentatives de réforme sont désormais bloquées, qu'elles viennent d'ailleurs de la droite ou de la gauche.
Il faudra bien pourtant trancher un jour le noeud gordien. Et, pour cela, on ne pourra pas faire l'économie d'une épreuve de force. Encore faut-il que le jeu en vaille la chandelle. C'est pourquoi la seule façon de procéder est désormais de proposer un grand projet pour refonder l'enseignement sur les principes de savoir et d'excellence, d'autorité et de hiérarchie, de décentralisation et d'autonomie. Un projet qui soit suffisamment novateur et légitime pour être, par exemple, soumis à référendum.
Et si, malgré la concertation qui pourrait être menée et le soutien qui pourrait être obtenu auprès des très nombreux enseignants par ailleurs responsables et mesurés, les lobbies s'entêtent dans une opposition frontale, il faudra passer outre dans l'intérêt supérieur de notre pays. Il n'y a aujourd'hui pas d'autres voies pour sauver notre école. Et en refusant l'obstacle, les gouvernements actuels me font penser à ces généraux qui chercheraient à franchir les lignes ennemies en contournant le front et qui, n'y parvenant pas, capituleraient sans combattre. Lorsqu'il n'y a pas d'autres solutions, il faut accepter l'épreuve de force.
Et je suis d'ailleurs convaincu du succès d'une telle stratégie dont le peuple serait l'arbitre. Car, ne l'oublions pas, ceux qui bloquent toutes les réformes sont les enfants de Mai-68. Leurs idées ont été mises en oeuvre et ce sont elles précisément qui causent la catastrophe que connaît actuellement l'Éducation nationale. Rappelons-nous : ils voulaient ouvrir l'école sur le monde, il faut maintenant la retrancher derrière des barbelés et des vigiles. Ils voulaient donner le bac à 80% d'une classe d'âge, c'est le taux d'illettrisme qui augmente. Ils considéraient l'école comme le lieu privilégié de l'assimilation républicaine, c'est à l'école que les conflits communautaires sont le plus aigus. Les enseignants devaient devenir les copains des élèves, ils sont nombreux aujourd'hui a en avoir peur. Leur échec est tellement patent qu'ils n'ont aucune légitimité pour s'opposer à une grande réforme.
Encore faut-il que parviennent aux responsabilités gouvernementales des hommes courageux qui se souviennent que la politique, au sens noble du terme, consiste à mettre en oeuvre la volonté du peuple et à faire prévaloir l'intérêt général sur les intérêts particuliers.
Bruno Mégret
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