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Le 08/09/06 Bonnes feuilles
Sur les soixante-huitards
Hier ils étaient presque tous chevelus, aujourd'hui beaucoup sont chauves. Hier ils luttaient contre le pouvoir, aujourd'hui ils sont au pouvoir. Hier ils voulaient interdire d'interdire, aujourd'hui ils décident de ce qui est interdit. Hier ils lançaient des pavés, aujourd'hui ils lancent des anathèmes. Ils s'opposaient au pouvoir de l'argent, mais avec leur pouvoir certains d'entre eux ont gagné beaucoup d'argent. Ils combattaient la justice bourgeoise, mais ils ont créé une justice de bobo. Ils stigmatisaient les médias à la botte du pouvoir, mais ils ont mis le pouvoir à la botte des médias. Ils rejetaient la morale de grand-papa, mais, depuis, ils font la morale à tout le monde. Hier ils voulaient faire la révolution, aujourd'hui ils veulent conserver leurs positions. Ils dénonçaient les méfaits du capitalisme, mais beaucoup se sont fait acheter par le grand capital. Ils croyaient construire avec leurs idées, mais leurs idées ont détruit beaucoup de ce en quoi ils croyaient.
Ce sont les soixante-huitards. Ils ont aujourd'hui dépassé la cinquantaine. Et s'ils étaient dans la rue en Mai-68, ils peuplent aujourd'hui les palais nationaux, les cours de justice et les salles de rédaction. Leurs idées ont triomphé et ils se sont installés partout où il y a du pouvoir. Ils sont rédacteurs en chef, directeurs de journaux, animateurs de télévision, juges et chefs d'entreprise, intellectuels et maîtres penseurs, hauts fonctionnaires et même chefs de parti.
Leurs idées, comme leurs personnes, occupent tous les postes stratégiques de notre société. Ils tiennent en main la nation et sont donc les principaux responsables de son déclin.
Sur les eurocrates
Personne ne les connaît et pourtant ils régissent notre vie. Ils parlent toutes les langues, mais ils ont du mal à se faire entendre. Ils travaillent dans des immeubles de verre et de béton comme on en trouve partout, mais nul ne sait qui ils sont, d'où ils viennent et comment ils sont arrivés là. On ne les voit jamais, mais ils sont plus puissants que tous ceux qu'on voit à la télévision. Ce sont des personnages ordinaires, gris, anonymes et interchangeables, mais ils peuvent faire plier les États. Ils n'ont pas de nom, mais ils imposent leurs normes. On ne connaît pas leurs fonctions, mais ils réglementent les métiers. Ils ne parlent pratiquement jamais en public, mais leurs textes sont plus forts que nos lois. On ne sait pas où ils veulent aller, mais ils nous y emmènent.
Ce sont les eurocrates, les fonctionnaires de l'Europe bruxelloise. Commissaires et collaborateurs de tous rangs, ils dirigent l'Europe. Quelles que soient les structures politiques et démocratiques censées les coiffer, ils mènent le jeu et prennent l'initiative de tout ce qui se passe à Bruxelles. Ce sont eux qui assurent la continuité et la permanence des structures européennes. Jamais élus, toujours nommés, ils ne rencontrent pas les peuples européens. Tout se passe par l'intermédiaire de règlements ou de directives qu'ils dictent aux gouvernements nationaux. Ils incarnent l'Europe bruxelloise dont on nous dit qu'elle est l'Europe et qu'elle est notre avenir.
Sur le système médiatique
Tous les Français les connaissent. Ils sont à peine plus d'une dizaine toujours vêtus de noir. Ils ne suivent pas la mode, ils la font. Ils portent beau surtout lorsqu'ils ne le sont pas. Ils ont toujours le sourire aux lèvres sauf lorsqu'ils rient. Et ils rient beaucoup, même lorsqu'ils ne sont pas drôles. Ils fréquentent tous ceux dont on parle et on parle beaucoup d'eux. Ils gagnent énormément d'argent, mais ils ne supportent pas les inégalités. Ils sont vulgaires, mais ils le font exprès. Ils sont bêtes, mais c'est pour faire rire. Ils ne savent rien, mais ils ont réponse à tout. Ils n'ont rien à dire, mais ils parlent tout le temps. Tout chez eux est incorrect, sauf leurs idées. Ils n'ont que des amis car ils peuvent détruire ceux qui ne le sont pas. Ils ont toujours raison car ils sont applaudis sur commande. Ils n'ont peur de rien, sauf de l'audimat.
Ils sont animateurs de talk-shows ou de reality-shows. Ils passent en prime time tous les jours ou toutes les semaines. Ils invitent les intellectuels, les artistes et les hommes politiques, mais ils s'invitent aussi entre eux. Ils disent ce qu'il faut penser, ce qu'il faut aimer et ce qu'il faut détester. Ce sont les grands prêtres de la pensée unique. À longueur d'émission, ils célèbrent les idées correctes. Et toutes les ficelles sont utilisées, de préférence les reportages croustillants et les plaisanteries salaces. On ridiculise les valeurs non conformes, on fait huer ceux qui les défendent et applaudir ceux qui les combattent. [...] Ils constituent la grosse artillerie du pouvoir médiatique [et] représentent aujourd'hui une puissance redoutable qui joue dans notre pays un rôle considérable.
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