L'école est l'un des lieux privilégiés où se forge
l'avenir de notre pays. De par sa mission d'instruction,
elle forme les générations nouvelles et détermine
le visage de la société de demain. En ce sens, sa
fonction consiste à transmettre notre héritage de
civilisation. La connaissance, la culture, les valeurs,
la mémoire, les disciplines intellectuelles et morales,
tout ce trésor de vérités et de références transite
par l'institution scolaire et universitaire pour
se conserver, se reproduire et se développer au
fil des décennies et des siècles qui passent. Si
l'école ne constitue pas le seul instrument propre
à préserver notre civilisation et à assurer sa pérennité,
elle en est cependant, avec la famille, le principal.
C'est dire l'importance qu'elle revêt à nos yeux
car, si le système éducatif n'assurait plus sa mission,
non seulement nos enfants ne seraient plus correctement
formés, mais progressivement, à mesure que leur
ignorance grandirait, c'est notre civilisation elle-même
qui s'éteindrait.
Aujourd'hui, hélas, une telle perspective ne relève
pas du catastrophisme : l'école est en pleine déroute.
Incapable désormais de remplir sa mission, l'éducation
dite nationale s'est muée en un monstre d'inefficacité,
générateur d'un gâchis humain et financier sans
précédent.
Le ministère de l'Éducation dévore chaque année
des masses considérables de crédits au point que
son budget est maintenant le plus gros budget de
l'État, plus important que celui de la Défense.
Il a bénéficié, au cours des dernières décennies,
d'une priorité financière absolue. Et pour quel
résultat ? La régression qualitative est incommensurable
: aujourd'hui, 20 p. cent des enfants qui entrent
en sixième ne savent pas lire. Il y a encore 12
p. cent d'illettrés à l'entrée en troisième et 10
p. cent au service militaire, chiffre supérieur
à celui du début du siècle. Même constat d'échec
en ce qui concerne la maîtrise de la langue française,
la connaissance de l'orthographe ou de l'histoire.
Au lieu d'instruire les enfants, l'école, qui cherche
à les "éveiller à la vie", a ouvert les
établissements sur le monde et ce sont la violence,
la drogue et la délinquance qui s'y sont engouffrées.
De ces "innovations" il est résulté une
baisse de niveau dans toutes les filières d'enseignement.
Ainsi le baccalauréat s'est trouvé progressivement
dévalorisé comme une monnaie sous l'effet de l'inflation.
Alors qu'il permettait naguère de trouver un emploi,
aujourd'hui la licence suffit à peine. Car la dégradation
a touché également l'université où beaucoup d'étudiants
poursuivent des études spécialisées alors même qu'ils
sont incapables de rédiger et souvent sans même
posséder un minimum de culture générale.
La situation s'est à ce point délabrée qu'il faut
de plus en plus de moyens pour obtenir un résultat
de plus en plus médiocre. Depuis 1969, l'enseignement
français a produit chaque année en moyenne quatre
mille neuf cents bacheliers supplémentaires. Parallèlement,
cinq mille personnes sont venues annuellement grossir
les effectifs d'enseignants. Pour former un bachelier
de plus, il a donc fallu recruter un professeur
supplémentaire ! L'inefficacité est devenue la nouvelle
règle de ce dinosaure bureaucratique que constitue
le ministère de l'Éducation nationale où la mauvaise
administration va de pair avec le gâchis pédagogique.
Sur un million cent cinquante mille agents que compte
l'Éducation nationale, il n'y a en réalité que six
cent trente mille professeurs ! Comment s'étonner
dès lors que l'école, au lieu de former les citoyens
de demain, fabrique désormais de nouveaux barbares
?
Ubuesque, la situation est lourde de menaces, car
elle compromet la formation de nos enfants et, par
conséquent, met en péril l'avenir de notre nation.
Or, là encore, les gouvernements qui se sont succédé
au pouvoir n'ont rien voulu ou rien pu faire. Ils
se sont contentés de multiplier des réformettes
qui n'ont eu, pour seul résultat, que d'aggraver
un peu plus l'état déjà lamentable de notre système
éducatif. C'est pourquoi le Mouvement national républicain
est partisan d'engager dans ce domaine une politique
de rénovation qui soit en rupture totale avec les
évolutions actuelles.
La première mesure à prendre consiste à libérer
l'école. Actuellement, en effet, l'institution scolaire
n'appartient plus à la nation et n'est plus au service
des enfants. Et si sa situation s'est à ce point
détériorée, c'est parce qu'elle est devenue la propriété
privée d'une nomenklatura syndicale qui impose ses
vues à tous, y compris au pouvoir. La question est
bien connue mais n'a jamais été résolue. Aujourd'hui,
et bien qu'il ait subi des soubresauts internes,
le pouvoir du syndicalisme enseignant reste sans
limite. Coupé de la nation, mais protégé, soutenu
et enrichi par l'administration, ce monstre d'un
autre âge réussit à survivre en parasitant l'État.
C'est d'ailleurs cette situation inconcevable qui
a permis aux dirigeants syndicaux de continuer à
imposer au sein du ministère de l'Éducation nationale
une idéologie marxiste et égalitariste totalement
archaïque. Refusant l'évidence des faits, enfermés
dans leurs fausses certitudes, ils ont provoqué
le fiasco du système éducatif et pris en otage nos
malheureux enfants. Car c'est bien dans la toute-puissance
syndicale et dans l'idéologie qu'elle véhicule que
le mal qui ronge aujourd'hui l'école trouve sa racine.
Jusqu'à présent, tout le monde accepte de se soumettre
aux oukases de ces potentats d'une époque révolue
et c'est parce que le pouvoir politique n'a jamais
eu le courage de leur imposer sa volonté qu'ils
ont pu mener à bien leur entreprise de destruction,
alors même qu'un grand nombre de membres du corps
enseignant qui partagent nos conceptions désapprouvent
leurs agissements. L'enjeu est donc clair : si la
puissance parasite et illégitime des syndicats marxistes
n'est pas démantelée, l'école poursuivra sa course
jusqu'à sa déchéance totale. Si donc nous voulons
la reconstruire, nous devons la libérer de l'emprise
totalitaire du syndicalisme enseignant. Tel est
l'objectif du Mouvement national républicain.
D'ores et déjà, il est manifeste que toutes les
mesures prévues pour mettre fin aux privilèges exorbitants
des syndicats en général porteront leurs effets
bénéfiques dans le monde de l'enseignement en particulier.
Cependant, plutôt que de vouloir prendre d'assaut
la citadelle de la Fédération de l'Éducation nationale,
mieux vaudrait chercher à en saper les fondements.
Notre intention, à cette fin, est de changer complètement
le mode de fonctionnement du ministère de la rue
de Grenelle. Pour ramener les syndicats à leur juste
place et ruiner leur pouvoir illégitime, nous procèderons
à une décentralisation qui mettra à mal le système
technocratique, centraliste, planifié à la soviétique,
dans lequel ces derniers sont aujourd'hui omnipotents.
L'empire syndical vit en effet comme un parasite
sur l'arbre de la bureaucratie de l'Éducation nationale.
Que l'on abatte cet arbre et le parasite mourra.
Pour atteindre cet objectif, nous supprimerons la
carte scolaire, nous donnerons une large autonomie
aux établissements et, plus globalement, nous organiserons
une véritable décentralisation par le truchement
du chèque scolaire.
Représentant les frais d'instruction que nécessite
chaque enfant, le chèque scolaire consiste en une
allocation versée par l'État aux parents qui sont
alors en mesure de choisir librement l'école qui
leur convient. Ainsi les établissements scolaires,
quant à eux, se trouveront financés, non plus par
l'administration, mais par les familles, ce qui
fera perdre de leur influence à la bureaucratie
et aux syndicats puisque les parents détiendront
le vrai pouvoir, celui de choisir en payant. En
court-circuitant les lobbies syndicaux et en privilégiant
les usagers que sont les parents, le chèque scolaire
constitue donc un outil essentiel dans l'entreprise
de reconstruction de l'école que nous engagerons.
Il a d'ailleurs déjà fait ses preuves en Europe
puisque certains pays comme la Hollande ou la Belgique,
de même que certaines régions comme le Kent en Grande-Bretagne,
font reposer partiellement ou totalement le financement
de leur système scolaire sur ce mécanisme.
Autre avantage du chèque scolaire : il instaure
une véritable égalité devant l'école, qu'elle soit
libre ou publique. Les parents peuvent en effet
exercer leur choix, non seulement au sein du système
public, mais aussi entre l'école d'État et l'école
privée. Le chèque scolaire, dans la mesure où les
parents peuvent également l'utiliser dans les établissements
privés, règle définitivement la question du financement
de l'école libre et place les deux systèmes d'enseignement
sur un même plan, mettant fin une fois pour toutes
à la guerre scolaire.
L'existence du chèque scolaire créera par ailleurs
entre les établissements une saine concurrence,
fondée sur la qualité. Certaines écoles, de par
l'excellence de leur enseignement et le bon encadrement
dont bénéficient les enfants, seront plus appréciées
que d'autres. Les parents se presseront pour y inscrire
leurs enfants et il appartiendra aux établissements
moins cotés de faire les efforts nécessaires pour
égaler les meilleurs. Ils en auront les moyens puisqu'ils
disposeront d'une large autonomie qui permettra
aux directeurs mais aussi aux maîtres et aux professeurs
de modifier la gestion, le déroulement des cours
et les méthodes pédagogiques en fonction des résultats
obtenus. Ce ne seront donc plus les oukases idéologiques
des syndicats qui prévaudront mais le choix des
parents dans l'intérêt des enfants : l'école sera
libérée.
Cet assainissement une fois réalisé, nous pourrons
mener deux actions prioritaires visant à faire respecter
l'impératif identitaire pour ce qui concerne le
contenu de l'enseignement et à encourager le retour
de l'excellence s'agissant des méthodes d'instruction.
Actuellement, l'éducation a cessé d'être "nationale"
puisque la neutralité de l'enseignement n'est plus
assurée. Conduisant une véritable révolution culturelle
à la chinoise, les doctrinaires des syndicats de
l'éducation se sont employés à détacher nos enfants
de la civilisation et de la nation à laquelle ils
appartiennent pour les passer au moule de la nouvelle
idéologie officielle, le mondialisme. Déjà Harlem
Désir, grand maître en son temps de la pensée cosmopolite,
avait été admis dans les écoles pour y tenir de
véritables séances de propagande. Et, si M. Désir
a passé, les idées sont restées. Programmes et manuels
scolaires en témoignent. "Je suis un citoyen
du monde", "la planète est mon village",
"l'immigration, une chance pour la France",
proclament les ouvrages scolaires, qu'ils soient
d'histoire, de géographie ou d'instruction civique.
Il est vrai que l'école est victime elle aussi de
l'immigration et qu'elle en subit un dommage considérable.
Dans de nombreuses classes, les petits Français
de souche, devenus minoritaires, se trouvent plongés
dans un environnement qui les déracine. Pire, le
ministère de l'Éducation recourt à des maîtres auxiliaires
étrangers dont certains sont ou ont été des clandestins.
Comment s'étonner dès lors de l'incapacité de nombreux
enfants à maîtriser correctement le français ? D'autant
que la priorité est donnée aux matières abstraites
comme les mathématiques ou à des pratiques pédagogiques
"d'éveil" ou d'"ouverture sur la
vie" qui n'ont rien à voir avec l'apprentissage
des humanités et sombrent dans le vulgaire et le
commun de la vie courante.
Il convient de donner un coup d'arrêt à cette grave
dérive et d'assigner de nouveau à l'école la mission
d'enseigner aux enfants les grands acquis de notre
civilisation. Il faut donc réenraciner l'enseignement
dans nos valeurs multimillénaires car notre héritage
ne se limite pas, loin s'en faut, aux droits de
l'homme. Il remonte notamment à la Grèce, qui a
élevé le Vrai, le Beau et le Bien au rang de valeurs
universelles, repères intangibles au travers desquels
les hommes peuvent approfondir leur savoir et perfectionner
leurs talents. L'enseignement, tel que nous le concevons,
s'inscrit donc dans cette vision humaniste et traditionnelle
de notre culture.
Dans cet esprit, la première mission de l'école
est de transmettre un savoir élémentaire : lire,
écrire, compter et s'exprimer correctement dans
sa langue. Face aux carences actuelles du système
éducatif, ces objectifs, pour simples qu'ils soient,
représentent une priorité d'ampleur nationale. L'institution
scolaire doit aussi, par le biais des cours d'instruction
et de morale civique, redonner aux enfants le sens
des valeurs qui fondent notre société : le patriotisme,
la notion de devoir, le respect d'autrui, la politesse,
l'honnêteté, le goût du travail, le sens de la famille.
Au-delà, il appartient à l'école d'assurer la transmission
de notre héritage culturel et de notre identité.
A cet égard, certaines matières telles que la maîtrise
de la langue, la connaissance de l'histoire et de
la géographie, ainsi que la compréhension des disciplines
artistiques, sont à privilégier.
Ce réenracinement de notre enseignement dans la
culture française ne sera cependant pas possible
si les classes restent surchargées d'enfants étrangers.
Aussi est-il essentiel, en ce domaine également,
d'organiser au plus vite le retour des immigrés
dans leur pays d'origine. Dans l'immédiat et sans
attendre que cette politique ait produit ses pleins
effets, tout doit être entrepris pour que nos enfants
ne soient pas victimes d'un véritable déracinement
culturel. Le nombre de jeunes étrangers par classe
devra donc être strictement limité afin de ne pas
dépasser le seuil au-delà duquel les enfants français
seraient pénalisés dans leurs études. Dans le même
esprit, le port du tchador est à proscrire et toute
contravention à ce règlement sera suivie d'expulsion.
Il est en effet intolérable que soit imposée aux
écoliers français la manifestation ostensible d'une
religion étrangère porteuse d'une civilisation qui
n'est pas la nôtre. La question revêt d'ailleurs
une dimension éminemment symbolique. Ainsi, dans
toute nation indépendante, les étrangers se soumettent
aux coutumes du pays qui les accueille. En terre
d'islam, par exemple, les chrétiens acceptent de
se déchausser pour pénétrer dans une mosquée et
se plient aux lois locales, même lorsqu'elles sont
draconiennes comme en Arabie saoudite. Si les immigrés
installés en France refusent de respecter nos règles,
comme celle de la laïcité de l'école publique, et
cherchent à nous imposer leurs normes, c'est qu'ils
se placent déjà dans une logique de colonisation
à rebours. Il est donc essentiel de ne pas céder.
Or le gouvernement, sur ce plan comme sur d'autres,
cultive le laxisme et l'ambiguïté, affirmant d'un
côté que les immigrés doivent s'intégrer et acceptant
de l'autre que nos traditions soient modifiées dans
leur sens. Rien n'est plus dangereux que cette contradiction
qui ouvre la porte à tous les débordements. En réalité,
une position claire doit être adoptée : le tchador
est interdit à l'école. Sur ce sujet, aucune discussion
n'est en effet possible et il apparaît scandaleux
que les gouvernements successifs se déchargent de
ce grave problème sur les chefs d'établissement
en leur laissant le soin d'apprécier la nature des
mesures à prendre. Ceux-ci doivent pouvoir appliquer
le principe de laïcité dans toute sa rigueur en
se prévalant de la loi et des décisions claires
du ministre de l'Éducation nationale.
Pour le reste, il convient de rétablir le principe
de l'excellence. Rappelons en effet que l'apprentissage
du savoir ne se fait pas dans la facilité mais par
l'effort et le travail. Ces derniers sont donc à
encourager par l'émulation, la récompense du mérite
et la reconnaissance du talent. A cet égard, nous
souhaitons rétablir systématiquement les notes,
les classements, les examens, les concours et les
prix conformément à la tradition occidentale, telle
qu'Homère et les Jeux Olympiques l'instaurèrent
il y a deux mille huit cents ans. La compétition
et la sélection qui en résulteront, loin d'être
néfastes, donneront au contraire à chacun la possibilité
d'aller aussi loin que ses capacités le lui permettent
et d'obtenir un diplôme et une formation correspondant
à son travail et à ses talents. Dès lors, personne
ne sera plus exclu par le système scolaire et, grâce
à la diversité des filières et des niveaux d'enseignement,
chaque élève, correctement orienté par la sélection,
sortira de l'école avec une profession et un rôle
à jouer dans la société. Car, si les talents sont
inégaux, ils sont divers et tel élève qui ne brillera
pas dans les matières intellectuelles pourra exceller
dans les métiers manuels et inversement. C'est pourquoi
il est indispensable de revaloriser l'enseignement
professionnel et l'apprentissage afin qu'ils retrouvent
une place à part entière dans notre système d'instruction
publique. En revanche, il paraît inutile de vouloir
faire accéder au baccalauréat 80 p. cent d'une classe
d'âge car, plus le nombre de bacheliers augmente,
plus le niveau du bac diminue.
L'école, dont le rôle est d'assurer à tous la meilleure
formation possible, doit aussi se fixer comme objectif
de faire émerger des élites. Des élites qui doivent
leur titre à leur travail, à leur mérite et à leur
talent, et non à leur origine sociale, à la "combine"
ou à l'argent. L'émulation et la sélection sont
donc nécessaires pour permettre aux plus doués de
se révéler. Sous cet angle aussi, la compétition
est bénéfique car, si on peut déplorer que les hommes
ne soient pas tous égaux, on doit néanmoins tenir
compte de la diversité des talents comme d'une implacable
réalité. A ignorer celle-ci, on crée des systèmes
égalitaristes qui, en pénalisant les meilleurs,
suscitent l'injustice et l'inefficacité sociale.
Il faut donc que les plus talentueux puissent donner
le meilleur d'eux-mêmes et reçoivent en conséquence
une instruction adaptée. En retour, ils doivent
servir la communauté car, si le talent mérite récompense,
il impose, dans la société que nous voulons, des
devoirs envers la nation.
L'Ecole Polytechnique, par exemple, inculque à ses
élèves l'idée - éminemment juste et bénéfique -
qu'en contrepartie de leur réussite, il leur incombe
une obligation de service pour leur pays. Pourquoi
ne pas généraliser dans le système scolaire et universitaire
et, au-delà, dans la société, cette nécessaire hiérarchie
du mérite qui corresponde à une élite du service
? Seules les grandes nations sont capables de sécréter
de telles aristocraties. La France, qui a su le
faire pendant longtemps, doit retrouver le sens
de cette éthique.
Cet esprit d'élitisme doit s'imposer tout particulièrement
à l'université, laquelle nécessite des réformes
d'envergure pour sortir de la crise qui la frappe.
Aujourd'hui, en effet, le spectacle qu'offrent les
établissements universitaires est très inquiétant.
Les étudiants, dont beaucoup n'ont ni le niveau
ni la motivation indispensable pour y obtenir des
diplômes, s'entassent dans des facultés parkings
au décor crasseux, où les plus capables d'entre
eux se trouvent alors dans la quasi-impossibilité
de travailler. L'université française est, à bien
des égards, le lieu où se cristallisent tous les
maux de notre société : bureaucratisation du fonctionnement,
massification des enseignements, inefficacité des
méthodes, tiers-mondisation des étudiants, dépréciation
du niveau des études, dévalorisation des diplômes.
Une situation d'autant plus grave que l'avenir de
notre pays dépend dans une large mesure de la qualité
du niveau intellectuel et scientifique de l'université.
Aussi celle-ci doit-elle renouer avec sa vocation
pour redevenir un lieu d'excellence.
A cette fin, il convient de doter les établissements
universitaires d'une très large autonomie, de façon
qu'ils puissent se fixer leurs propres règles en
ce qui concerne aussi bien le recrutement des étudiants
et des professeurs que la dévolution des diplômes,
et qu'ils se trouvent dès lors placés dans un processus
de compétition, gage de qualité croissante. Dans
le même esprit, il faut accepter le principe de
la sélection à l'entrée des universités, car refuser
cette épreuve revient à tolérer qu'elle se pratique
clandestinement selon des critères absurdes comme
le "piston" ou le hasard des files d'attente.
L'indépendance des facultés, outre qu'elle répond
à la grande tradition universitaire, permettra que
s'établisse une hiérarchie d'établissement qui,
jointe au système des grandes écoles, offrira une
diversité de filières et de niveaux où chacun pourra
trouver la formation qui lui convient et pousser
au plus loin ses potentialités. Car tel est l'intérêt
de la sélection : elle n'élimine pas, elle oriente
chacun vers sa juste place.
Pour atteindre les objectifs que nous nous assignons
dans l'université, mais aussi dans le secondaire
et le primaire, nous nous emploierons par ailleurs
à réhabiliter la fonction des maîtres et des professeurs.
Ceux-ci, parce qu'ils jouent un rôle essentiel dans
notre société, devront bénéficier d'une revalorisation
de leur statut et de leur rémunération. Leur autorité
est également à rétablir, car celui qui a la charge
d'enseigner ne doit pas s'abaisser à jouer au "copain
des élèves" mais s'affirmer comme celui qui
sait par rapport à ceux qui apprennent. Restaurer
à la fois la hiérarchie maître-élève qui correspond
à la hiérarchie du savoir et le respect à l'égard
de la connaissance qui va de pair avec l'humilité
de celui qui apprend, ce sont là des exigences inéluctables
pour le redressement du système enseignant.
Tels sont les principes sur lesquels nous voulons
reconstruire l'école et susciter un renouveau du
savoir dans notre pays. L'ambition est grande et
nécessaire, mais la tâche est ardue, et beaucoup
de nos compatriotes qui approuveront ces orientations
douteront qu'elles puissent être mises en œuvre.
La gauche n'est-elle pas encore toute-puissante
dans le monde éducatif ? Et n'est-elle pas passée
maître dans l'art de pousser les étudiants et les
lycéens à des manifestations de rue hostiles à toute
réforme ? Quant aux gouvernements récents, n'ont-ils
pas toujours cédé devant ces démonstrations ? L'immobilisme
qui résulte de cette situation est cependant inadmissible,
car l'école n'est pas plus la propriété des enseignants
que des élèves : elle appartient à la nation. Aussi,
pour sortir de cette impasse, faudra-t-il soumettre
la reconstruction du système scolaire et universitaire
à un référendum. Non pas un référendum alibi, mais
une consultation fondamentale où seront posées les
vraies questions comme celles du pouvoir des syndicats,
de la sélection, de l'excellence et du rôle civilisateur
de l'école. Dès lors, si le peuple l'approuve, la
réforme pourra être engagée. Mais, objectera-t-on,
les maîtres et les professeurs vous suivront-ils
? Nous en sommes convaincus, car ces derniers, aujourd'hui
en pleine crise, prolétarisés par le pouvoir socialiste
qu'ils ont soutenu et qui les a trahis, savent que
l'école est en faillite et beaucoup d'entre eux
en font quotidiennement le constat avec un sentiment
amer d'impuissance. Sous l'écume des protestations
de pure forme, ils ne pourront donc que se rallier
à une politique de l'école qui restaurera leur prestige,
leur autorité, leur efficacité pédagogique et rétablira
leur niveau de vie.
Il est vrai que la crise qui frappe l'école est
très grave mais du pire naît souvent le meilleur.
Demain le monde de l'enseignement peut basculer
et l'école connaître un nouveau printemps.