Il n'est pas de grande entité politique qui ne repose sur l'expression
d'une forte identité. Ceux qui existent et qui comptent, ce sont ceux
qui savent qui ils sont, qui croient en eux-mêmes et s'affirment avec
hardiesse. Aujourd'hui, l'Europe, a travers ses institutions bruxelloises,
semble avoir perdu la fierté et même la conscience de ce qu'elle est.
Pour peser dans le monde et servir les pays qui la composent, l'Europe
des nations doit donc se fonder sur son identité et exprimer puissamment
la communauté de civilisation qu'elle constitue.
Le paradoxe fondateur
L'Europe bruxelloise s'appuie en effet sur un absurde paradoxe,
le principe sur lequel elle est construite ne conduisant nullement a
l'union des Européens. Les rédacteurs et les signataires des traites
l'ont en effet conçue d'abord et avant tout comme une union économique
visant a organiser un marche unique de plus en plus intègre. Son objectif
est de renforcer l'efficacité économique de l'Union et, pour y parvenir,
elle utilise une méthode consistant en deux mots d'ordre : uniformisation
et économie d'échelle. Il s'agit donc pour elle a la fois de supprimer
toutes les différences réglementaires entre les Etats, considérées comme
autant d'entorses a la libre concurrence, et de rechercher par ailleurs
pour le marche unique l'espace géographique le plus vaste possible,
considère quant a lui comme un facteur mécanique de rentabilité et donc
de prospérité.
Mais la est le paradoxe, car rien dans cet objectif et dans ces méthodes
n'est propre au vieux continent et ne débouche sur une quelconque construction
européenne. Comment peut-on fonder une union de l'Europe sur les seuls
principes de la société marchande alors que ceux-ci n'ont rien de spécifiquement
européen ? S'il faut unir les Etats, au motif que le marche unique qu'ils
pourront constituer conduira a une économie plus prospère, pourquoi
alors se limiter aux pays du continent ? Si véritablement l'efficacité
d'un système de production et d'échange se mesure a l'étendue de la
zone géographique qu'il couvre, pourquoi alors ne pas intégrer des pays
non européens ? La démarche adoptée par les responsables de Bruxelles
n'est donc pas propre a l'Europe et ne peut pas trouver son achèvement
dans les limites du vieux continent.
Une entreprise sans limite
Ce constat est d'ailleurs si vrai que les responsables des institutions
européennes n'ont cesse de repousser les limites de leur entreprise
bien au-delà des frontières de l'Europe. Sous couvert d'aide au développement,
des accords institutionnels ont été passes avec les pays d'Afrique,
des Caraïbes et du Pacifique. Dans le cadre de la libération des échanges
commerciaux, des traites ont été signes avec les pays d'Amérique du
Sud et avec ceux du pourtour de la Méditerranée. Certains ont même reçu
le statut très ambigu d'Etat associe. Dans la mouvance ou a cote des
institutions communautaires proprement dites, ont été crées d'innombrables
organismes prétendument européens ou figurent des pays extérieurs au
vieux continent. Le Conseil de l'Europe comprend parmi ses membres la
Turquie et l'Eurovision Israel et le Maroc. Plus grave encore, certaines
des politiques communes parmi les plus importantes de l'Union ont vu
leur champ géographique s'élargir au-delà de l'Europe. Ainsi en est-il
de la Turquie qui fait désormais partie de l'Union douanière ainsi que
des pays du Maghreb et du Proche-Orient qui sont programmes pour y être
intègres a terme.
Le dossier de adhésion de la Turquie a l'Union européenne est encore
plus révélateur. Si la demande semble définitivement repoussée, le fait
que la question soit restée pendante durant des années et que des opinions
contradictoires se soient affrontées a ce sujet dans les enceintes communautaires
montre a quel point les références identitaires sont secondaires pour
les tenants de l'Europe bruxelloise. Car, peu importe qu'une infime
partie de son territoire se situe sur le vieux continent, si, de par
sa religion, son histoire et sa culture, la Turquie n'est pas européenne
! L'empire ottoman a même été, durant des siècles, l'adversaire de l'Europe,
représentant le danger commun face auquel se réalisait l'union sacrée
des princes chrétiens. La Turquie n'avait donc aucun titre a faire partie
de la Communauté.
La plus belle des civilisations
Il faut donc rompre avec l'entreprise maastrichienne qui n'est
qu'une imposture, car on ne peut construire une organisation de l'Europe
sur la base de principes qui n'ont rien de spécifiquement européen.
C'est donc la que réside la grande supériorité de l'Europe des nations,
une Europe fondée, quant a elle, sur identité commune des peuples européens
et qui, de ce fait, jouira d'emblée d'une légitimité dont la construction
bruxelloise, malgré ses quarante ans d'existence, ne pourra jamais se
targuer.
La commune identité des peuples européens, sur laquelle doit s'appuyer
l'Europe des nations, correspond en effet a la plus éclatante des civilisations
que notre terre ait vues s'épanouir. Déjà, la culture de chacune des
nations d'Europe constitue a elle seule un joyau exceptionnel a l'échelle
du monde. La France, l'Italie, l'Allemagne, l'Espagne et l'Angleterre
ont chacune en leur temps rayonne sur la planète entière, domine le
monde des arts, de la littérature, de la philosophie et de la science,
celui de l'architecture, de la musique et de la peinture. Les grandes
nations européennes, mais aussi les plus petites, comme l'Autriche,
le Portugal, la Hollande, et bien sur la Grèce ont, a tour de rôle,
subjugue le monde par leur culture que chacun tentait d'égaler. Pendant
plus de deux mille cinq cents ans, c'est ici, sur ce petit cap d'Asie,
que s'est concentre l'essentiel du génie humain, de l'esprit d'invention,
de compréhension et de création. C'est dire si ces cultures nationales
prises toutes ensemble constituent bien l'oeuvre de civilisation la
plus extraordinaire qui soit !
Le souvenir de nos mythes
Et il est légitime de considérer ces cultures comme un tout, car
il y a bien, par delà leurs différences, un profonde communauté de civilisation
entre tous les peuples européens. Dante, Shakespeare, Molière, Goethe,
Victor Hugo, mais aussi Beethoven, Verdi, Berlioz, ou encore Velasquez,
Delacroix, Vermeer, Rubens, tous expriment une sensibilité, une intelligence
et un talent qui leur sont propres, lies a leurs attaches et a leur
génie créateur. Mais comment ne pas voir que chacune de leurs oeuvres,
au-delà de leur unicité, révèle une commune appartenance et procède
d'une même représentation du monde et de l'homme ?
Et d'ailleurs comment pourrait-il en être autrement ? L'Europe est si
petite a l'échelle de la planète. Des rivages tourmentes de l'Atlantique
battus par les vagues océanes aux terres majestueuses de la grande plaine
du Nord, encore assourdies du fracas des batailles, des paysages somptueux
de la Grèce, éblouissant reflet de notre antique héritage, aux vallées
embrumées d'Ecosse, tout imprégnées de nos anciennes traditions, il
règne certes une merveilleuse diversité, mais aussi un extraordinaire
bouillonnement de peuples et de cultures. Et cette terre historique
de la vieille Europe conserve partout la même marque, celle des civilisations
grecque et romaine, celle de la religion chrétienne ainsi que le souvenir
âpre et puissant de nos héros et de nos mythes les plus anciens : Le
Cid, Arthur, Morgane, Ulysse et la Lorelei. Qu'elles sont fortes ces
réalités d'un autre âge qui hantent encore l'inconscient de nos peuples
et tissent ainsi, du Péloponnèse au Jutland, de la Lombardie a la Flandre,
de la Catalogne a la Bourgogne, les liens invisibles d'une commune conscience
européenne !
Dans les plis de l'histoire
L'histoire d'ailleurs nous le montre : dans ses plis parfois ensanglantes,
il y a les grands hommes de notre continent. Alexandre, Cesar, Charlemagne,
Frederic II, Louis XIV, Bonaparte et Bismarck, les papes et les rois,
les empereurs et les généraux, tous apparemment si différents, mais
tous si profondément européens, tous animes de cet esprit si propre
a notre civilisation. Cet esprit de liberté qui marque notre conception
de l'homme depuis les origines et qui donne toute sa grandeur et toute
sa force a celui qui vient d'Europe. Cet esprit prométhéen, pétri d'insatisfaction
et de curiosité, qui a fait de nos ancêtres des inventeurs, des conquérants
et des découvreurs, qui les a conduits a toujours se dépasser, a sans
cesse repousser leurs limites. Et, sublimant le tout, cet esprit religieux,
ce sens du sacre qui de tout temps a transcende leurs entreprises et
laisse sur notre sol les marques du divin. Toujours imitée, jamais égalée,
notre commune civilisation européenne, avec sa religion, ses mythes,
ses valeurs, son histoire, ses peuples et ses terres, ses sciences et
ses arts, continue d'exercer sur le monde son irrésistible magnétisme.
Les réalités immémoriales
L'Europe des nations n'a donc de sens et de légitimité qu'enracinée
dans cet inappréciable trésor qui constitue notre commune richesse.
Ainsi, pour exister, doit-elle se nourrir de cet héritage, le faire
fructifier et l'exalter auprès des peuples d'Europe, afin qu'ils redécouvrent
que cette civilisation, en quelque sorte, leur appartient. Des lors,
ayant recouvre la fierté de leur appartenance, ils retrouveront le goût
de protéger ce legs inestimable, et l'Europe des nations deviendra pour
eux l'instrument indispensable de la défense et de la promotion de cette
identité supérieure qui est la leur.
C'est donc bien la réalité identitaire de notre vieux continent qui
peut fonder la légitimité de l'Europe des nations. Parce qu'elle est
charnelle et enracinée, elle sera en mesure de donner corps a des organisations
stables et durables, alors que l'Europe de Bruxelles, mercantile et
désincarnée, s'en est montrée incapable. Les peuples ne peuvent en effet
témoigner de l'attachement aux institutions publiques que s'ils comprennent
qu'elles sont bâties sur des réalités tangibles et immémoriales qu'ils
reconnaissent et dont ils font eux-mêmes partie. Etant de cette nature-là,
la communauté de civilisation de notre vieux continent peut donc constituer
le fondement de la nouvelle Europe et la source de sa légitimité.
Une véritable fierté
Aussi est-il essentiel de défendre et de valoriser cette commune
identité européenne et de la faire revivre dans la conscience des vieux
peuples du continent. Pour cela, il faut que l'Europe redevienne européenne
et sache s'opposer a ceux qui la menacent.
La logique folle de l'Europe sans limites et sans territoire précis,
telle que la conçoivent les responsables bruxellois, doit donc être
rejetée au profit d'une conception simple mais claire, fondée sur le
principe identité selon lequel ne peuvent appartenir a la nouvelle Europe
que les seules nations européennes. Et que cette notion qui aurait été
chère a M. de La Palice ne soit pas dévoyée ! Le seul critère territorial,
linguistique ou ethnique est insuffisant : ne peut être européen que
ce qui procède pleinement de la commune civilisation de notre continent.
Et, pour lever toute ambiguïté, il faut que s'établisse une frontière
nette entre l'Europe des nations et le reste du monde. Toutes les instances
mixtes doivent être dissoutes et les traites ambivalents dénonces.
C'est a cette seule condition que pourront se développer a la fois une
réelle conscience de la commune identité des peuples du continent et
une véritable fierté de la grandeur de notre civilisation, susceptible
de faire naître, au-delà du patriotisme national, une forme de patriotisme
européen.
Poitiers, Lepante et Vienne
Ce sentiment sera d'ailleurs renforce tout naturellement par la
compétition, voire la confrontation de l'Europe avec les autres grandes
civilisations. Selon un phénomène récurrent a travers l'histoire de
notre continent, c'est en effet en s'affirmant face a l'Orient ou a
l'Asie que les pays d'Europe ont pris conscience que ce qui les distinguait
les uns des autres était moins important que ce qui les séparait du
reste du monde. Ainsi, a maintes reprises au cours de leur longue histoire,
les peuples européens se sont rassembles pour affronter l'envahisseur
extérieur et le refouler au-delà du continent. Aux champs Catalauniques,
ils s'unissaient pour écraser Attila et ses hordes barbares. Et c'est
ce même élan vital qui, a Marathon, a Poitiers, a Lepante, a Vienne
ou a Missolonghi, permettra aux Européens d'assurer, en un sursaut salvateur,
la pérennité de leur civilisation, mais aussi de fortifier en eux le
sentiment d'appartenir a une même famille de peuples.
Madonna, Jackson et Disney
Pour défendre et affirmer son identité, l'Europe des nations doit
donc être capable de manifester son opposition a toutes les grandes
entités qui la menacent. Opposition particulièrement nécessaire a l'encontre
des Américains qui mènent depuis plus de quarante ans une véritable
guerre culturelle contre l'Europe. Comment en effet interpréter autrement
la formidable pression exercée sur les sociétés européennes pour leur
faire adopter les goûts et les idées propres aux Etats-Unis ?
Dans tous les domaines, ce sont les modèles américains qui nous sont
imposes et qui font la mode. Pour la musique, c'est Michael Jackson,
Madonna et les rappeurs d'outre-Atlantique qui donnent le ton ; a la
télévision, ce sont les feuilletons des grands networks, comme Santa
Barbara ou Beverly Hills qui font référence. S'agissant du cinéma, ce
sont les superproductions hollywoodiennes qui dominent et, pour les
loisirs, c'est Disneyland qui l'emporte. Le style du basketteur noir
américain fait fureur dans les banlieues. Et, partout, on chausse des
Nike, on porte des casquettes, on mâche du chewing-gum, on boit du Coca-Cola
et on mange des hamburgers. Peu a peu, sans s'en apercevoir, la France
se met a ressembler aux Etats-Unis avec ses entrées de villes couvertes
de parkings, de shopping centers, de drive-in et de fast-food. Quant
a ses enfants, que l'on appelle maintenant Kevin, Brandon ou Dylan,
comme les vedettes des séries télévisées, ils imitent les juniors américains
sans les avoir jamais rencontres.
Ou sont passes les héros ?
Sans doute s'agit-il la de phénomènes somme toute superficiels,
mais, derrière ces symboles, c'est progressivement le modèle de la société
cosmopolite américaine qui s'impose a nous. Apres les bons et les méchants
des films de cow-boys, la violence et les bons sentiments des séries
B s'emparent maintenant de notre pays et avec eux tous les poncifs américains
: le moralisme et le laxisme, la révolution sexuelle et le politiquement
correct, la compétitivité a outrance et le juridisme forcené, le développement
de la drogue et la frénésie anti-tabac, le féminisme et la discrimination
positive, l'obsession antiraciste et l'argent roi, le culte des minorités
et le mondialisme.
Pris dans une formidable bourrasque qui déracine et normalise, les Européens
encore lucides assistent, hébètes, a cette mise a mort de leur culture
et voient avec effroi se creuser derrière eux un terrible fosse qui
pourrait bien les couper de leur passe, de leurs racines et de leur
identité. Ou sont passes les héros, les génies, les mythes qui peuplaient
notre imaginaire, se demandent-ils ? En vain recherchent-ils les successeurs
des grands créateurs qui enchantaient leur esprit et leurs sens. Et,
résignes, ils contemplent avec morosité ce qui leur apparaît comme un
crépuscule, semblant ignorer que cette évolution, loin être inéluctable,
est avant tout la conséquence d'une action commerciale engagée contre
l'Europe par les Etats-Unis avec la complicité de Bruxelles.
La culture commerciale
Il s'agit en effet d'un mécanisme très simple. Forts de leur puissance
économique et financière, les Américains inondent le marche européen
de sous-produits culturels a bas prix sans que la Commission bruxelloise
tente d'endiguer cette marée. Pour les Américains, la culture est en
effet un produit commercial comme les autres, auquel il faut donc appliquer
les mêmes recettes qu'aux biens de consommation ordinaire : définition
du produit selon les méthodes du marketing, standardisation des biens
qui doivent être conçus pour le très grand nombre, économies d'échelle
par des productions de masse, consommation forcée grâce a des campagnes
publicitaires s'apparentant a la propagande, extension des marches par
la mondialisation. Des lors, tout s'enchaîne : les films, les disques,
les modes vestimentaires et alimentaires et même les mythes seront lances
comme des produits domestiques. On vendra Leonardo di Caprio, Jurassic
Park ou Pocahontas, comme des lessives ou des aspirateurs.
Face a cette machine implacable qui broie nos cultures et nos identités,
l'Europe doit cesser de collaborer complaisamment pour résister avec
énergie. D'autant qu'elle a parfaitement la capacité de le faire avec
efficacité, car, si ce n'est pas leur qualité culturelle qui assure
le succès des oeuvres américaines, mais les méthodes économiques utilisées
afin de es promouvoir, tout est en effet possible, pour peu que l'Europe
des nations s'organise en conséquence.
Le protectionnisme culturel
Dans cet esprit, il lui faut d'abord contrer cette offensive en
instaurant un minimum de protection a ses frontières. Si en effet les
productions culturelles ne sont pas des biens commerciaux ordinaires,
n'est-il pas légitime de leur appliquer d'autres règles que celles du
libre-échangisme mondial et de mettre en oeuvre un dispositif de protection
du marche intérieur européen destine a préserver notre culture et notre
identité ? Contrairement a l'Europe de Maastricht, qui accepte le principe
de la libre circulation des biens culturels au bénéfice quasi exclusif
des Etats-Unis, l'Europe des nations imposera donc, quant a elle, le
principe d'un protectionnisme culturel européen. C'est ce que la France
appelle déjà l'exception culturelle et qui doit être mis en oeuvre avec
ampleur a l'échelle du continent tout entier.
Il convient des lors de multiplier de façon pragmatique es obstacles
a l'importation de produits culturels américains et de mettre en oeuvre
ici des droits de douane, la des taxes, ailleurs des contingentements
ou tout autre moyen limitatif. Pareille politique, qui certes pourrait
être appliquée par un pays iole, devient beaucoup plus efficace et parfaitement
viable organisée a l'échelle de l'Europe.
Si, en effet, le marche français du petit écran est trop étroit pour
que la seule production nationale de séries télévisées puisse répondre
a la demande, il n'en va pas de même a l'échelle de l'Europe tout entière.
Des lors, l'instauration de quotas sur les feuilletons américains conduira
sans difficulté a leur remplacement par des créations européennes. Pourquoi,
par ailleurs, ne pas avoir impose a la société Disney, lorsqu'elle s'est
implantée a Marne-la-Vallée, de modifier ses attractions en s'inspirant
exclusivement des mythes et des légendes de notre continent ? Si tous
les pays européens sollicites par la société américaine avaient exprime
la même exigence, elle aurait été obligée de s'y plier.
L'impératif identitaire
Cette conception défensive des identités européennes devra cependant
se doubler d'une stratégie offensive. Pourquoi l'Europe des nations
ne s'approprierait-elle pas les méthodes américaines pour lancer dans
le monde des produits culturels qui, cette fois, véhiculeraient son
identité et ses valeurs ? A l'échelle d'un pays isole, une telle initiative
serait difficile a réussir, car il lui manquerait le vaste marche et
la puissance financière indispensable. Mais, pour l'Europe, qui dispose
d'un potentiel équivalent a celui de l'Amérique du Nord, une telle entreprise
serait parfaitement réalisable. Il suffit des lors d'organiser la coopération
européenne dans le domaine de la production télévisuelle, cinématographique
ou musicale pour pouvoir, a terme, rivaliser avec les Etats-Unis et
faire prévaloir les cultures européennes.
La encore, l'Europe doit cesser d'agir au bénéfice des intérêts américains
pour s'affirmer comme l'instrument de la renaissance européenne. Il
est temps que ses dirigeants, prenant enfin conscience de la réalité
de la guerre culturelle, relèvent ce défi avec la volonté, non seulement
de résister, mais, pour finir, de l'emporter. L'impératif identitaire,
et donc culturel, doit représenter pour la nouvelle Europe une priorité
absolue.
La différence de potentiel
Cette opposition du vieux continent a tous ceux qui menacent son
identité et sa civilisation doit aussi s'exprimer a l'encontre des flux
migratoires, face au monde afro-islamique d'ou sont issus les millions
étrangers présents sur son sol. Et s'il ne s'agit pas, bien sur, pour
l'Europe des nations de développer une politique agressive a égard des
pays du tiers monde, il lui appartient, dans le cadre d'une action d'aide
au développement, d'interrompre ce processus et même de l'inverser.
L'immigration massive que subissent la France et la plupart des autres
nations européennes constitue une menace dramatique pour identité de
notre civilisation et la survie même de l'Europe, de ses peuples et
de ses nations.
Lie a une différence de potentiel démographique entre l'Europe et le
tiers monde, ce phénomène a pris aujourd'hui une dimension majeure qui
compromet tous les équilibres humains du vieux continent. Alors que
la natalité s'effondre dans les pays européens, elle explose en Afrique
et en Orient. Déjà, la population africaine représente près de sept
cent trente millions d'individus quand la Communauté n'en dénombre que
trois cent soixante-dix millions. Et, selon les projections de l'Onu,
le continent africain devrait atteindre son premier milliard d'êtres
humains avant 2010 et franchir le cap des deux milliards avant 2050,
alors qu'a cette échéance, l'Union européenne commencera a enregistrer
une diminution de sa population.
Ce déséquilibre, qui est d'ailleurs encore beaucoup plus grave si l'on
prend en compte les chiffres concernant l'Asie, crée en Europe une pression
a l'immigration que les dirigeants nationaux et communautaires ont été
incapables de maîtriser. Aujourd'hui, déjà, la présence immigrée est
massive puisque le nombre étrangers extra-communautaires réguliers et
clandestins s'élèvent déjà sur le sol européen a plus de vingt-cinq
millions de personnes. Quant aux prévisions, elles sont des plus inquiétantes
car, des 1995, l'immigration a contribue pour près de 80 p. cent a la
croissance démographique de l'Union européenne. Autant dire qu'a ce
rythme la proportion d'Européens de souche dans la population du continent
ne va cesser de diminuer jusqu'à provoquer dans les décennies qui viennent
une mutation majeure. C'est donc bien a une véritable invasion que conduit
le processus ainsi engage. Loin être un phénomène marginal, l'immigration
s'apparente donc a un véritable cataclysme qui compromet l'avenir même
du vieux continent. Le peuple français et les peuples européens peuvent
être submerges, disparaître et entraîner dans leur naufrage l'essence
même de ce que nous sommes.
La colonisation a rebours
Car, n'en doutons pas, l'installation sur notre sol de populations
qui ne s'assimilent pas, qui conservent leur religion, leur mode de
vie et constituent des communautés autonomes souvent antagonistes, provoque
la désintégration des sociétés européennes. Désintégration d'autant
plus profonde que les nouveaux venus vont bien souvent jusqu'à imposer
une modification des lois des pays d'accueil pour les mettre en conformité
avec leurs propres coutumes. Le processus est donc bien celui d'une
colonisation de peuplement fonctionnant a rebours et parfaitement capable,
si rien ne change, de substituer a identité française et a celle des
peuples de notre continent identité des populations nouvellement installées.
Pour maintenir la civilisation européenne, il est donc essentiel que
soit donne un coup d'arrêt décisif a ce phénomène et même que soit enclenche
un mécanisme d'inversion des flux migratoires. Car le problème n'est
pas celui de la xénophobie, ni de la montée d'un quelconque racisme.
La question centrale est celle de la survie des Européens et du défi
majeur qui leur est ainsi lance.
Malheureusement, force est de constater que l'Europe bruxelloise se
révèle totalement incapable de le relever. Ne semble-t-elle pas en effet
ignorer la gravite du phénomène ou ne pas en mesurer les conséquences,
quand elle n'encourage pas purement et simplement l'invasion ?
Complice de l'invasion
Déjà, les mesures prises par l'Europe de Maastricht témoignaient
d'un grand laxisme, mais celles inscrites dans le traite d'Amsterdam
vont encore beaucoup plus loin. Ainsi la politique d'immigration sera-t-elle
confiée dans les années a venir aux instances technocratiques de Bruxelles.
Des lors, les Français, comme les autres peuples d'Europe, perdront
la maîtrise de leur territoire puisqu'ils ne pourront plus décider eux-mêmes
qui a le droit d'entrer chez eux et d'y résider. Ainsi, par exemple,
le principe de libre circulation des personnes en Europe a, dans cet
esprit, été étendu aux ressortissants des pays tiers. De la sorte, les
Turcs d'Allemagne ou les Albanais d'Italie pourront venir librement
s'installer en France.
Pire encore, certains ont le projet d'aller plus loin. Ainsi, dans une
résolution faisant de 1997 l'Année européenne contre le racisme, le
parlement européen se déclarait convaincu qu'il faut donner aux ressortissants
des pays tiers, titulaires d'une carte de séjour dans un Etat membre,
la possibilité d'obtenir la naturalisation dans celui-ci. Et de poursuivre
en demandant aux Etats membres d'associer librement les immigrants aux
décisions sociales et politiques et de leur accorder aussi les droits
électoraux. En se faisant ainsi la complice de l'invasion et de la colonisation
de notre continent, l'Europe bruxelloise se trouve donc disqualifiée
pour défendre son identité et ses intérêts.
Maître chez soi
Tournant le dos a cette logique suicidaire, l'Europe des nations
affirmera donc d'emblée la nécessite de préserver l'intégrité des peuples
européens. Elle rendra aux nations la plénitude de leur souveraineté
en ce domaine afin qu'elles recouvrent la maîtrise de leur territoire
et le contrôle de ceux qui cherchent a y pénétrer. Les nations retrouveront
donc leurs compétences exclusives en matière d'entrée et de séjour des
étrangers, de droit d'asile, d'attribution de visa et de droit de la
nationalité. L'Europe doit cesser être un facteur de laxisme et de submersion
pour devenir un instrument de défense et de protection.
La porte des nations
Dans cet esprit, il est essentiel de réhabiliter la notion même
de frontière et de rétablir celle-ci dans la plénitude de son rôle au
service des nations comme facteur d'ordre, de sécurité et d'équilibre.
La frontière, en effet, n'est pas cette muraille infranchissable décrite
par les sectateurs du mondialisme, derrière laquelle on se blottirait
dans la haine ou la crainte de l'étranger. Elle sert au contraire, telle
la porte d'une maison, a laisser pénétrer ceux qui sont les bienvenus
et a empêcher de passer ceux qui n'ont pas leur place a intérieur. La
frontière assure a ce titre une fonction légitime aussi ancienne et
naturelle que celle des portes dans les édifices humains. Des lors,
les signataires de l'accord de Schengen, qui supprime les frontières
intra-européennes, se comportent comme des fous qui démonteraient la
porte de leur domicile et la brûleraient dans la cour, laissant ainsi
leur maison ouverte a tous les vents et a n'importe qui. Aussi la nouvelle
Europe prévoira-t-elle de dénoncer les accords de Schengen et de rétablir,
aux limites de chaque pays, les légitimes contrôles permettant a chaque
peuple de rester maître chez lui.
On mesure d'ailleurs, en cas de crise, combien les frontières sont nécessaires,
car, sans elles, les dispositions d'urgence prises par exemple pour
interdire l'importation de viande britannique contaminée par la maladie
de la vache folle ou pour expulser en urgence les hooligans britanniques
ou allemands, lors de la Coupe du monde de football, deviendraient totalement
impossibles. Plus important encore, c'est en s'appuyant sur elles que
les Etats européens peuvent arrêter les flux migratoires et organiser
le retour chez eux des immigres. Les frontières entre les pays européens
et, bien sur, celles entre l'Europe et le reste du monde, sont donc
essentielles pour assurer la défense de la France et des pays européens
face aux dangers qui menacent leur existence et leur identité.
La préférence européenne
Cette défense doit également être assurée par l'application du
principe de la préférence européenne. Les groupes humains n'existent
en effet que s'ils établissent des différences de droits et de devoirs
entre ceux qui en font partie et les autres. Si n'importe quel étranger
peut pénétrer sur le territoire d'un Etat et y jouir des mêmes avantages
que n'importe quel citoyen, il n'y a plus de différence entre l'un et
l'autre et la patrie se dissout. Il est donc légitime qu'une préférence
soit accordée aux nationaux, faute de quoi il n'y aura plus de nation.
De même, le patriotisme n'a de sens que si l'on préfère son pays et
son peuple a tous les autres. En effet, ce sentiment est l'expression
de l'amour que l'on porte a son pays, amour qui par nature sous-entend
la préférence, car on ne peut aimer un être sans l'aimer plus que les
autres. Ainsi la priorité française est-elle indissolublement liée a
l'idée de nation et de patriotisme .
Plus largement, la notion de préférence n'est que la traduction concrète
de l'attachement qui nous lie au groupe auquel nous appartenons et a
identité qui est la notre. Si donc l'Europe représente bien une authentique
communauté, porteuse d'une identité dont on peut s'enorgueillir et a
égard de laquelle on peut éprouver un sentiment comparable au patriotisme,
il faut alors revendiquer pour cette communauté de civilisation une
exigence de préférence qui est la préférence européenne.
Comme a Vitrolles-en-Provence
Cette notion n'est évidemment pas incompatible avec la préférence
nationale, tout comme l'attachement que l'on manifeste a égard de la
civilisation européenne n'obère en rien l'amour que l'on porte a sa
patrie. Tout cela s'inscrit en effet dans une hiérarchie de préférence
: les nationaux d'abord, les Européens ensuite, les étrangers enfin.
C'est d'ailleurs dans cet esprit que la municipalité de Vitrolles-en-Provence
a institue une allocation de naissance réservée aux familles dont l'un
des parents est non seulement français mais aussi ressortissant d'un
pays de la communauté européenne.
Cette préférence européenne doit donc être largement mise en oeuvre
au bénéfice des peuples dans tous les pays de la nouvelle Europe. Ainsi
est-il légitime que les Européens puissent jouir, au sein des nations
du vieux continent, de droits spécifiques supérieurs a ceux des étrangers.
Leurs droits sociaux, par exemple en matière d'embauche, d'allocations
familiales, d'accès aux logements aides et aux prestations sociales,
doivent être plus favorables que ceux concèdes aux étrangers extra-europeens.
Leurs prérogatives, si elles n'ont pas a être équivalentes a celles
des nationaux, peuvent néanmoins s'en rapprocher. Mais, dans tous les
cas, les avantages accordes aux Européens seront supérieurs a ceux octroyés
aux étrangers proprement dits, ce qui hélas n'est pas la pratique habituelle
puisque les citoyens des pays de l'Europe bruxelloise résidant en France
ont souvent le sentiment de ne pas bénéficier, de la part des autorités,
d'un traitement diffèrent de celui réservé aux étrangers extra-europeens,
tels les Algériens ou les Camerounais. Des lors, comment pourraient-ils
ressentir l'existence concrète d'une communauté de nations européennes
? Car, comme l'explique Jean-Jacques Rousseau dans l'Encyclopédie, les
citoyens ne peuvent être attaches a leur pays que si celui-ci leur accorde
des avantages supérieurs a ceux concèdes aux étrangers. De même, les
Européens ne pourront être concernes par la Communauté des nations d'Europe
que si celle-ci leur ouvre des droits spécifiques.
Le modèle des peuples
La mise en oeuvre de ces préférences hiérarchisées contribuera
donc a décourager l'immigration non européenne et a renforcer chez les
Européens le sentiment d'une commune appartenance. Ainsi défendue et
fortifiée dans son identité, la civilisation européenne pourra reconquérir
la place qui est la sienne dans le monde et servir a nouveau de modèle
aux peuples et aux nations.
Affirmer son identité n'est pas un acte de repli sur soi ni d'isolement.
C'est au contraire quand on est prive de sa personnalité que l'on perd
également tout attrait aux yeux des autres car, pour rayonner et échanger,
il faut pouvoir apporter. C'est donc en affirmant avec vigueur et sans
complexe les valeurs et la grandeur de sa civilisation que l'Europe
des nations pourra de nouveau peser dans le monde et servir non seulement
les peuples qui la composent mais aussi tous les autres.
Le retour de la civilisation européenne sera, pour la planète entière,
l'occasion d'un grand renouveau.