Pour que vive la France
Les propositions : la
France à nouveau
Chapitre 4 : EUROPEENS
D'ACCORD
L'Europe
n'est pas une idée, c'est une réalité. Loin de se réduire
à un projet politique imaginé par des idéologues ou
à une entreprise juridique concoctée par des ingénieurs
sociaux, elle existe, telle une entité charnelle, depuis
la nuit des temps. Aussi, quoi de plus absurde que de
chercher à établir un quelconque antagonisme entre certains
que l'on qualifierait d'opposants à l'Europe et d'autres
que l'on présenterait comme ses partisans? On ne peut
pas être pour ou contre ce qui est. On ne peut que constater
la réalité et lui témoigner plus ou moins d'intérêt.
Le vrai débat se situe donc ailleurs. Portant sur l'organisation
du vieux continent, il oppose les tenants de l'Europe
mondialiste aux promoteurs de l'Europe des nations,
ceux qui veulent utiliser la construction européenne
pour détruire les patries à ceux qui veulent en faire
un instrument de renaissance.
Pour l'Europe contre
Bruxelles
Partisan de cette seconde conception,
le Mouvement national républicain est sans doute,
parmi toutes les forces politiques françaises, le
mouvement le plus attaché à la réalité européenne.
Attaché à notre patrimoine de civilisation,
le MNR s'affirme en effet comme la force politique
de défense de notre identité. À ce titre, l'Europe est pour
lui une précieuse composante de notre personnalité
qui vient enrichir les entités essentielles représentées
notamment par la famille, les provinces et la nation.
La nation n'est en effet pas l'ultime cercle d'appartenance,
car, au-delà, nous sommes aussi partie prenante dans
la communauté de civilisation que constitue l'ensemble
des nations européennes. Communauté très forte qui
établit, entre les Européens et les autres peuples
qu'ils n'ont pas engendrés, une distance beaucoup
plus grande que celle qui peut les séparer. Les peuples
européens sont en effet unis par une même civilisation
ancrée dans une histoire, une religion, une origine
commune. Ils ont tour à tour dominé le monde, ils
se sont battus les uns contre les autres, mais ils
ont aussi cheminé côte à côte, se sont influencés
mutuellement et ont créé, chacun avec son génie propre,
une culture qui n'aurait jamais pu éclore coupée des
autres. Pour nous, l'Europe constitue donc d'ores
et déjà une réalité tangible, celle d'une famille
de peuples unis par une commune civilisation.
Civilisation si forte que les Français, comme d'ailleurs
les autres peuples du vieux continent, cesseraient
d'exister en tant que tels s'ils perdaient leur caractère
européen. Si, en effet, la France n'était plus demain
la patrie d'un peuple européen, au sens où le définit
le général De Gaulle, c'est-à-dire "d'abord et avant
tout un peuple de race blanche, de religion chrétienne
et de culture grecque et romaine", elle cesserait
d'être elle-même. Indissociable de l'Europe, notre
pays n'existe qu'en tant que nation européenne. On
peut même affirmer que la France est la synthèse la
plus réussie du vieux monde. Au carrefour des influences
celtes, romaines, germaniques et scandinaves, notre
patrie est par excellence une nation européenne.
C'est pourquoi on ne peut défendre nos identités sans
être attaché à cette réalité essentielle que constitue
notre continent. On ne peut se faire le chantre de
nos familles, de nos provinces et de notre nation
et ignorer l'Europe, laquelle vient couronner en quelque
sorte ce magnifique édifice. Aussi, défenseur
exigeant de nos identités, le Mouvement national républicain,
loin d'être hostile à l'Europe, se définit au contraire
comme un farouche partisan de la préservation et de
l'épanouissement de tout ce qu'elle représente depuis
des siècles.
Non à l'euromondialisme
Est-ce à dire pour autant que nous serions
favorables à l'Europe de Bruxelles? Certainement pas.
Car cette Europe-là est en réalité une entreprise
mondialiste qui veut non seulement détruire notre
nation mais aussi mettre en péril l'identité, la liberté,
la prospérité et la sécurité de notre peuple. Elle
tend en effet à annihiler toute identité : non seulement
les personnalités nationales sont systématiquement
gommées, mais la spécificité européenne est par ailleurs
totalement ignorée.
Ainsi les sectateurs de l'Europe de Bruxelles ont-ils
entrepris de dissoudre l'Union douanière de la Communauté
dans un ensemble euro-méditerranéen, créant ainsi
une zone de libre-échange englobant l'Europe et tous
les pays du pourtour de la Méditerranée. Quant au
Marché unique, à peine était-il réalisé que certains
proposaient déjà de passer à la phase suivante : le marché
unique transatlantique euro-américain. Et surtout les européistes
veulent maintenant faire entrer la Turquie dans l'Union
avec l'idée de l'étendre progressivement à tout
le pourtour de la Méditerrannée. Car l'objectif consiste non pas
à substituer une réalité européenne à des entités
nationales, mais à détruire les identités, quelles
qu'elles soient, pour les dissoudre dans un ensemble
plus vaste à l'échelle de la planète.
Non à l'eurocratie
Pour parvenir à cet objectif, la structure
bruxelloise s'attaque d'abord à toutes les spécificités
nationales au nom de l'unification européenne. Il
s'agit d'harmoniser à outrance la réglementation des
pays de l'Union et, pour ce faire, d'utiliser les
institutions européennes comme une gigantesque machine
bureaucratique à rédiger des règlements sans aucune
limite de compétence. Tout y passe : la composition
du chocolat, l'agencement des salles de repos dans
les usines, les caractéristiques des étals sur les
marchés.
L'intégration avance dans tous les secteurs, tel un
rouleau compresseur, au point qu'il y aura bientôt
moins de différences juridiques entre les pays européens
qu'entre les États des États-Unis. Ainsi la suppression
de la peine de mort a-t-elle été imposée par l'échelon
européen à tous les pays de l'Union, alors qu'en Amérique,
certains États l'ont abrogée pendant que d'autres
continuent de l'appliquer.
Non à l'eurodictature
Les méfaits normalisateurs de l'Europe
bruxelloise sont d'ailleurs d'autant plus redoutables
que celle-ci conduit le processus de déracinement
de façon oligarchique, en se passant de l'assentiment
des peuples et en mettant en cause la liberté des
Français. Aussi l'entreprise bruxelloise revêt-elle
un caractère totalitaire et constitue-t-elle une menace
de première grandeur pour la République, laquelle
se trouve dès lors gravement compromise dans l'un
de ses principes fondateurs que constitue la souveraineté
populaire. Les ministres et les députés en effet ne
contrôlent plus que la moitié des textes régissant
la vie des Français et les lois qu'ils votent peuvent
être rendues inopérantes par un règlement européen
adopté en dehors d'eux. Ainsi, lorsque M. Chirac a annoncé
qu'il réduirait à 5,5% le taux de la TVA sur la restauration,
il s'est trouvé dans l'incapacité de tenir sa promesse
faute d'une autorisation de Bruxelles.
Pourtant, la constitution dispose clairement dans
son article 3 que "la souveraineté nationale appartient
au peuple qui l'exerce par ses représentants et par
voie de référendum". Mais l'Union n'en a cure : selon
la Cour européenne de justice, les textes constitutionnels
eux-mêmes sont juridiquement inférieurs au droit européen!
La république et donc la démocratie se trouvent bafouées
par l'Europe bruxelloise. Le gouvernement du peuple
par le peuple pour le peuple laisse la place au gouvernement
de la Commission par les technocrates contre la nation.
Contre la politique de Gribouille
Et tout cela, pour quel avantage ? Aucun,
puisque cette Europe, loin de résoudre les problèmes
concrets de nos compatriotes, ne contribue en réalité
qu'à les aggraver. En ouvrant les frontières de notre
pays, tout en démantelant celles qui séparent la Communauté
du reste du monde, Bruxelles livre nos entreprises
à une concurrence sauvage et déloyale qui les conduit
trop souvent au dépôt de bilan ou à la délocalisation,
c'est-à-dire, dans les deux cas, à l'augmentation
du nombre des chômeurs.
Qui n'a pas entendu la plainte de ces dirigeants de
petites ou moyennes sociétés, pris au piège des décisions
contradictoires de l'Europe bruxelloise? Ainsi ce
patron d'une conserverie de poisson près de Boulogne,
contraint d'augmenter ses coûts de fabrication afin
de financer les lourds investissements exigés pour
mettre son usine aux normes européennes et qui se
voit obligé dans le même temps de baisser ses prix
de vente pour faire face à l'ouverture des frontières
décidée à Bruxelles, laquelle le met en concurrence
avec des entreprises situées en Afrique qui, naturellement,
ne respectent aucune des normes auxquelles il est
lui-même soumis.
Et que dire des agriculteurs de notre pays, condamnés
à vendre leurs productions de blé, de maïs ou de bœuf
à des prix proches des cours mondiaux alors que ceux-ci
sont inférieurs à leurs prix de revient? Placés eux
aussi dans une situation insupportable, ils ne survivent
que grâce aux subventions qu'ils reçoivent de l'Europe,
jusqu'à ce que celles-ci soient progressivement supprimées
et que leurs terres soient mises en jachère.
Quant à l'immigration, elle se trouve facilitée et
encouragée par la suppression pure et simple des frontières
intra-européennes et par le principe de libre circulation
des étrangers à l'intérieur de la Communauté. Résultat
: le clandestin turc trafiquant de drogue peut passer
la frontière franco-allemande avec autant de facilité
que la ménagère française rapporte chez elle son pain
acheté dans la commune d'à côté. Plus grave encore,
le traité d'Amsterdam, en transférant aux instances
bruxelloises les compétences étatiques en matière
d'immigration, limite la capacité des Français à décider
eux-mêmes qui peut entrer sur leur territoire et y
résider. Avec Bruxelles, le flux de l'immigration
ira donc croissant, parallèlement d'ailleurs à la
montée de la délinquance et de la criminalité, elles
aussi favorisées par la disparition des frontières.
Par son objectif mondialiste et par les moyens contraignants
qu'elle utilise pour l'atteindre, l'Europe bruxelloise
ne contribue qu'à compliquer et à amplifier les problèmes
des États membres.
Contre l'union des faiblesses
Améliore-t-elle pour autant la puissance,
l'indépendance et la sécurité collective des nations
européennes face au reste du monde? Nullement, puisque
cette Europe ne songe pas à s'ériger en grande puissance
ni à s'imposer face aux États-Unis ou au Japon. Effarouchée
par la puissance, elle se montre encore plus impotente
que chaque nation prise isolément. Dans tous les domaines,
économique, militaire ou diplomatique, l'Europe se
comporte en vassale docile des États-Unis et ne s'oppose
jamais à leurs intérêts. On l'a vu dans les négociations
commerciales internationales ou dans les relations
au sein de l'Otan.
Cette incapacité congénitale à exiger l'indépendance
et à rechercher la puissance est d'ailleurs ouvertement
revendiquée par les instances communautaires. L'Europe
n'a pas vocation à devenir une superpuissance ni une
forteresse, entend-on régulièrement dans la bouche
des ministres, des députés ou des fonctionnaires européens.
Mais alors, à quoi sert-il de construire cette Europe-là
? L'union fait la force, dit-on parfois pour justifier
l'entreprise, mais de quelle union peut-il bien s'agir
si l'on rassemble des faiblesses pour fuir la puissance
?
Contre l'instrument du mondialisme
En réalité, l'Europe bruxelloise n'est
animée que par des considérations mercantiles et n'a
de sens que pour accélérer la marche forcée vers la
mondialisation.
Loin de constituer un projet, l'Europe
de Bruxelles n'est qu'un instrument au service des
penseurs anglo-saxons de l'économie globale. Ces penseurs
qui conçoivent l'avenir sous la forme d'un grand marché
mondial où domineront les forces de l'argent enfin
libérées des contraintes, à leurs yeux dépassées,
que représentent encore les nations, les peuples et
les civilisations.
L'Europe de Bruxelles, parce qu'elle est d'essence
mondialiste, n'effectue qu'une entreprise de destruction
et ne sert aucun travail de construction. Elle détruit
une œuvre historique pour n'aménager sur ses décombres
qu'un grand espace économique. Elle remplace les conquérants,
les génies et les bâtisseurs de nos anciennes nations
par les technocrates de Bruxelles et les banquiers
de Francfort. L'Europe de Maastricht, c'est la flamme
d'une immense civilisation confiée à des bureaucrates
et à des marchands !
Pour l'Europe des nations
Voilà pourquoi le Mouvement national
républicain s'oppose à cette entreprise
et se bat résolument pour cette autre forme d'organisation
de notre continent que constitue l'Europe des nations,
une Europe à la fois européenne, indépendante et puissante.
Cette nouvelle Europe veut, au contraire, rendre
aux peuples européens la puissance qu'ils ont perdue
et leur permettre ainsi de mieux défendre leurs intérêts
et leur identité. Avec ce projet, nous voulons en
effet organiser la famille des vieilles nations du
continent de telle sorte qu'elles puissent faire contrepoids
aux États-Unis d'Amérique et proposer aux peuples
du monde un autre avenir que celui du grand melting-pot
planétaire. Opposée au matérialisme et au déracinement,
cette nouvelle organisation de l'Europe doit s'appuyer
sur les valeurs de notre civilisation.
Ainsi existe-t-il deux conceptions antagonistes de
l'organisation du vieux continent, l'Europe mondialiste
mise en œuvre par l'établissement qui veut niveler,
mélanger et dissoudre, et la nouvelle Europe proposée
par le MNR qui veut préserver, transmettre, combattre
et conquérir. Alors que l'une se soumet aux forces
aveugles de la mondialisation, l'autre veut les dompter
et les réguler. Pendant que l'une plonge les peuples
dans le mercantilisme, l'autre veut leur redonner
la puissance. Et, si l'une représente la fin de l'histoire
pour les nations, l'autre vise à leur rendre un destin
digne de leur histoire passée.
Il s'agit là de deux visions de l'Europe totalement
antinomiques et c'est entre elles que les Français
doivent aujourd'hui choisir leur destin. Dans notre
pays, la classe politique, et l'établissement en général,
considèrent que la question est définitivement tranchée
et qu'il n'y a d'ailleurs pas d'alternative, le seul
avenir possible étant celui de l'Europe bruxelloise.
Le Mouvement national républicain, quant à lui, refuse
ce déterminisme et fait pour la France le choix clair
de l'Europe des nations.
L'Europe, première puissance
Pour réaliser ce grand projet au service
de la France et des autres nations européennes, nous
voulons revoir entièrement la construction institutionnelle
de l'Europe. Alors que le monde se structure, selon un schéma
multipolaire, autour de quelques grands ensembles tels les États-Unis,
la Chine, l'Inde ou la nébuleuse islamique, il faut que l'Europe devienne,
elle aussi, un grand pôle de puissance et pourquoi pas le premier.
Tel est en tous cas, pour le MNR, le but principal de la construction
européenne.
Pareil projet peut paraître utopique, il est pourtant réalisable
car notre continent dispose toujours des atouts nécessaires pour
y parvenir. Sur le plan économique, l'Europe se place déjà en tête
puisqu'avec un PIB de dix mille milliards d'euros, elle fait jeu
égal avec les États-Unis. Et s'il est vrai qu'actuellement,
l'économie européenne a un taux de croissance beaucoup plus
faible que celui de la Chine par exemple, le PIB de cette dernière
est encore loin du nôtre en valeur absolue.
Sur le plan démographique,
l'Union européenne entre aussi dans la catégorie des géants,
puisqu'elle se situe en troisième position dans le monde,
loin devant les États-Unis avec quatre cent cinquante-cinq
millions d'habitants contre deux cent quatre-vingt-quinze
millions. Et, si la population européenne est très inférieure
à celle de la Chine (1,3 milliard d'habitants) ou de l'Inde (
un milliard), c'est dans un rapport de un à trois ou de un à
deux, ce qui ne constitue pas un handicap insurmontable.
Certes, la fécondité européenne est insuffisante et devrait
faire l'objet d'une grande politique nataliste.
Certes, la croissance économique de l'Union européenne
est faible et devrait être stimulée par des initiatives d'envergure.
Mais l'Europe dispose encore de tous les atouts pour s'imposer
dans le monde. D'autant qu'en dehors du poids de son économie
et de l'importance de sa population, elle n'a rien perdu de
ses talents, de sa créativité et de son savoir-faire. L'Europe,
si elle le décidait, pourrait sans difficulté majeure s'imposer
comme la première puissance mondiale.
L'Europe respectueuse des nations
Le MNR est donc partisan de changer complètement l'orientation
qui a été donnée à l'Europe depuis plusieurs décennies et, plus
précisément, de faire exactement le contraire de ce qui a été fait.
Aujourd'hui, Bruxelles s'occupe de tout et de n'importe quoi, sauf de
l'essentiel. L'Europe de demain devrait se consacrer à l'essentiel et
laisser les États s'occuper du reste. Il s'agirait pour les instances
de l'Union de renoncer à la plupart de leurs compétences concernant
la vie quotidienne des citoyens pour se concentrer sur tout ce qui
peut rendre sa puissance collective à l'Europe. Il faut redistribuer
entièrement les cartes entre l'Union et les États, et ce faisant,
permettre aux pays du continent de retrouver une véritable marge
de manœuvre politique. Pour autant, s'il est bénéfique que les nations
disposent à nouveau d'une partie importante de leur souveraineté,
le MNR n'est pas opposé à ce qu'elles en transfèrent une autre part
à l'échelon européen, à condition toutefois que ce dernier en fasse
un instrument de puissance.
Là encore il convient de changer de cap à cent quatre-vingt degrés.
Aujourd'hui, la structure bruxelloise réduit au minimum la
souveraineté des nations et ne fait rien de celle qui lui est déléguée.
Il nous faut maintenant une Europe qui préserve au maximum le pouvoir
des États et qui développe à son niveau une vraie souveraineté européenne.
Sortons du débat archaïque entre souverainistes et européistes,
pour ou contre les délégations de souveraineté ! La vraie question
est de savoir si Bruxelles valorise ou neutralise le pouvoir qui
lui est confié. À cet égard, le MNR propose une réponse claire :
les institutions européennes ne doivent plus annihiler mais
démultiplier la souveraineté. Elles doivent, en d'autres termes,
créer de la puissance. C'est cet impératif qui devrait devenir,
dans tous les domaines, le mot d'ordre de l'Union : renforcer la
puissance collective de l'Europe.
Le patriotisme économique européen
En matière économique, notre continent devrait dans cet esprit
se battre pour ses intérêts et adopter une
démarche à la fois offensive et défensive dans le cadre d'un véritable
patriotisme économique européen. Face à la mondialisation débridée
qui provoque de profonds traumatismes aussi bien dans les pays riches
que dans les États pauvres, l'Europe devrait plaider pour
une régulation des échanges économiques internationaux et pour une maîtrise du
processus de globalisation. À cet égard le MNR préconise l'instauration
d'écluses douanières aux frontières de l'Europe. Un tel dispositif,
établissant des taxes ou des quotas en contrepartie de coûts
salariaux exagérément bas ou de taux de change monétaires ouvertement
sous-évalués, permettrait de mieux préserver notre industrie et de
lutter avec efficacité contre les délocalisations. Ce serait un
outil supplémentaire pour combattre le chômage en France et en
Europe, mais ce serait également un instrument utile pour maintenir
sur notre sol les industries indispensables à notre indépendance
stratégique.
Une stratégie industrielle offensive
L'Union européenne devrait aussi s'engager dans un processus
industriel offensif. Or aujourd'hui, avec une Commission jouant
un rôle purement répressif, il n'en est rien. L'action principale
de cette dernière, placée sous le signe de la libre concurrence,
consiste en effet à proscrire les aides aux entreprises et à limiter
les regroupements ou les fusions de sociétés. Il y a quelques années,
par exemple, elle a délibérément freiné le gouvernement français dans
ses démarches pour sauver Alstom, prenant cyniquement le risque de voir
ce fleuron de notre industrie déposer son bilan. De même, elle a
interdit à Péchiney d'acquérir le Canadien Alcan, ce qui a permis
à ce dernier d'acheter quelques années plus tard la société française
leader dans la production d'aluminium. Dans les deux cas, la Commission
a joué contre les intérêts industriels de la France et donc de l'Europe.
En rupture avec cette politique absurde, le MNR entend que l'Union
se préoccupe dorénavant de susciter, favoriser et encourager la
création de grands groupes industriels européens capables de devenir
des numéros un mondiaux. Il faut à notre continent une véritable
stratégie industrielle visant à placer l'Europe en tête dans tous
les domaines d'activité possibles, que ce soit par exemple dans
les secteurs de l'informatique, de l'électronique, de la biologie,
de la robotique, de l'écologie, de l'énergie ou des nanotechnologies.
Dans tous ces domaines et dans bien d'autres, l'Union devrait
chercher à placer l'industrie européenne à la première place
mondiale.
L'euro, monnaie d'échange
Il faut, pour cela, utiliser tous les atouts possibles.
Et l'euro pourrait, à cet égard, constituer un instrument
particulièrement utile. Maintenant qu'il a été mis en circulation,
ne pourrait-il pas servir la puissance de notre continent et faire
pièce au dollar ? Aujourd'hui, la suprématie du billet vert permet
aux Américains de faire payer leur déficit par le reste du monde et
de placer leur système de production et d'échange à l'abri des aléas
monétaires internationaux. Le MNR souhaite que l'euro offrire demain
à l'économie des pays européens des avantages comparables à ceux que
le dollar procure à celle des États-Unis.
Pareille mutation est parfaitement réalisable pour peu que l'Europe
réussisse à faire de l'euro une véritable monnaie internationale
d'échange et de réserve. Poussons les pays tiers à constituer leurs
stocks de devises non seulement en dollars mais aussi en euros !
Le processus en ce sens est d'ailleurs déjà engagé et doit être
encouragé par tous les moyens. Invitons également les entreprises
européennes à libeller en euros leurs contrats à l'exportation
comme à l'importation ! Facturons de la sorte nos Airbus, nos TGV
ainsi que les tirs d'Ariane et payons de la même façon le pétrole
et les produits chinois importés.
Si la devise européenne devient ainsi, en concurrence avec le
billet vert, une monnaie du commerce mondial, les économies et les
industriels européens cesseront d'être tributaires des cours du dollar
et des aléas de la politique et de l'économie américaine. L'Europe
disposera d'un outil supplémentaire pour sa puissance économique.
Une puissance qui devrait être renforcée par la recherche et le
développement dont chacun sait qu'ils conditionnent les succès
industriels.
L'excellence scientifique
Dans ce domaine, le paradoxe est total. L'Europe, qui représente,
dans l'histoire de l'humanité, le principal foyer de culture et
d'intelligence et qui a apporté au monde l'essentiel de ses
découvertes, cette Europe connaît aujourd'hui un déclin de la
recherche et de l'innovation. Une situation d'autant plus inquiétante
que beaucoup de nos scientifiques, mal soutenus, mal aidés et mal
considérés, se voient contraints, pour mener à bien leurs travaux,
de s'expatrier outre-Atlantique.
Le MNR veut mettre un terme à ce processus délétère et faire de la
recherche une grande priorité de l'Europe. Et, si l'Union ne doit pas
se substituer aux États dans la définition et la mise en œuvre de leur
politique en ce domaine, elle doit en revanche agir comme un incitateur
en créant l'émulation et la dynamique. Dans cet esprit, pourquoi ne
prendrait-elle pas l'initiative de grands projets qui ne peuvent pas
être réalisés à l'échelle d'un seul pays mais que l'Europe dans son
ensemble pourrait mener à bien ?
Pourquoi, par exemple, ne décide-t-elle pas de ravir aux Américains
le leadership de la recherche spatiale ? Pourquoi ne lance-t-elle pas
un vaste programme visant à installer une base habitée sur la Lune ou
à envoyer des Européens sur Mars ? Ces projets, il est vrai, coûtent
cher, mais, en retour, ils provoquent d'innombrables retombées économiques
et scientifiques.
L'Europe indépendante des Etats-Unis
La puissance économique, confortée par l'industrie, la monnaie et la
science, est à la portée de l'Europe ; elle peut la conquérir car elle
en a parfaitement les moyens. Encore faut-il qu'elle recouvre son
indépendance collective qui n'est plus aujourd'hui que juridique et verbale.
L'Europe est en effet tenue par toutes sortes de liens, dont la plupart
d'ailleurs la soumettent à l'imperium américain. Cette réalité, qui
concerne le commerce, la monnaie, la science ou l'industrie, se fait
particulièrement pesante sur le plan politique et militaire et crée
une situation de subordination que les pays européens ont jusqu'à
présent docilement acceptée.
Il est temps maintenant de libérer notre continent de la tutelle
de Washington et, pour ce faire, de rompre avec l'Otan, c'est-à-dire
de couper le lien par lequel les États-Unis assurent leur domination.
Les pays européens doivent sortir de l'Otan pour créer leur propre
organisation militaire. Et il n'est pas nécessaire, pour cela, de
mettre en cause la souveraineté
des États et de créer, comme certains en ont le projet, une armée européenne
intégrée.
Le MNR propose de constituer une simple alliance, dont
l'Otan pourrait d'ailleurs servir de modèle. L'objectif est de
coordonner les différentes armées d'Europe, de standardiser leurs
structures, leurs équipements, leurs armements, leurs modes d'engagement
ainsi que leurs procédures tactiques et d'instituer un commandement commun.
La réalisation d'une telle alliance, indépendante des États-Unis,
ne devrait d'ailleurs pas conduire les Européens à se retourner
contre les Américains et encore moins à les considérer comme des
adversaires. Il s'agit simplement de prendre en compte les données
nouvelles du monde d'aujourd'hui. La planète n'est plus divisée
en deux blocs antagonistes et, dans le monde multipolaire qui s'ouvre,
chaque pôle se trouve en concurrence avec tous les autres.
Des frontières pour l'Europe
Pareil redressement restera cependant insuffisant si nous ne rendons
pas à notre continent la conscience et la fierté de ce qu'il est.
Une entité politique qui n'affirme pas ses valeurs, ses traditions
et sa culture, bref qui n'est pas fière de la civilisation qu'elle
porte, ne peut pas survivre et encore moins peser dans le monde.
L'identité est aussi importante que l'indépendance et la puissance.
L'Europe n'a donc aucun avenir et cessera d'exister si elle s'élargit
au-delà de ses frontières naturelles en acceptant en son sein des pays
qui, telle la Turquie, n'appartiennent nullement à sa civilisation.
Une entité qui s'étendrait, comme en rêvent certains, du Sahara à
la Mésopotamie détruirait l'Europe et ne déboucherait sur rien, sinon
sur le chaos. Est-il besoin de le préciser, l'Europe doit rester européenne
et n'a de sens que si elle se fonde sur la commune civilisation des peuples
qui la composent.
Le MNR demande en conséquence que l'on fixe, une fois
pour toutes, les limites ultimes de l'Union. Un exercice géopolitique
au demeurant relativement facile à mener : ont vocation à faire partie
de l'Europe tous les pays qui procèdent de sa civilisation et
qui constituent son continent. Les frontières de l'Union sont
donc naturelles : au nord, l'océan Arctique ; à l'ouest,
l'océan Atlantique ; au sud, la mer Méditerranée. Quant à l'Est,
la frontière ne peut être qu'une ligne ancrée à la Bulgarie au sud
et à la Finlande au nord. Jusqu'où cette ligne doit-elle aller vers
l'est ? Il est clair qu'elle ne peut comprendre la Russie qui
représente une fédération beaucoup trop vaste pour faire partie
de l'Union et dont la vocation est d'ailleurs de devenir par
elle-même un pôle de puissance. L'Europe doit en revanche
entretenir avec cette grande nation des liens d'amitié et
de solidarité très étroits. C'est pourquoi il n'est sans doute
pas souhaitable d'inclure, dans le périmètre ultime de l'Europe
institutionnelle, des pays qui ont traditionnellement vocation à
graviter dans l'orbite de Moscou, comme la Biélorussie ou l'Ukraine.
Sur la base de frontières ainsi définies, l'avenir de l'Union devrait
être à la fois clair et certain. Les États qui, comme la Turquie, se
trouvent à l'extérieur de cette ligne devraient y rester, quitte à
signer avec l'Europe des traités d'alliance. En revanche, ceux qui
sont à l'intérieur et qui n'appartiennent pas encore aux institutions
européennes auraient vocation, le moment venu, à y adhérer.
L'Europe fidèle à sa spiritualité
Si l'Europe a besoin de frontières physiques, il lui faut aussi des
frontières culturelles, c'est-à-dire une conscience de ses valeurs
propres, de ses origines communes, de la grandeur de son passé, des
œuvres accomplies par ses enfants. Il lui faut éprouver cette différence
qui fait qu'elle existe, non pas contre les autres, mais en dehors d'eux.
Cette exigence implique également de prendre en compte la dimension
spirituelle de notre identité. Celle du christianisme d'abord puisque
notre civilisation a été imprégnée et façonnée par des siècles de
religion chrétienne, une réalité qui s'impose à tous, que l'on soit
ou non chrétien et pratiquant. Mais, au-delà, elle doit retrouver
cette transcendance et ce sens du sacré qui, de tout temps et en tout
lieu, ont habité nos nations et leur ont donné tant de force et
d'humanité. Notre continent ne rentrera pas dans l'histoire sans
renouer avec ce qu'il y a de plus profond et de plus sacré dans
les valeurs de sa civilisation. L'Europe doit exister de nouveau,
non seulement comme une entité économique et politique, mais aussi
comme une réalité culturelle et spirituelle.
La France moteur de l'Europe
Encore faut-il que ce projet de nouvelle Europe soit porté par une force
capable de le concrétiser. Et force est de constater que la France est la
mieux placée pour accomplir cette mission historique. Elle doit en être
le moteur, elle doit incarner cette volonté de renouveau européen, elle
doit l'expliciter et le populariser. Le MNR préconise donc que notre
nation prenne l'initiative de donner corps à cette autre vision de l'Europe,
qu'elle s'en fasse l'avocat auprès des autres gouvernements, qu'elle
l'explique aux populations du continent et qu'elle propose aux uns et
aux autres une stratégie claire pour faire aboutir ce projet !
Certes, la France ne peut pas construire cette Europe toute seule et,
dans le cadre des structures bruxelloises, elle ne pourra jamais imposer
ses vues à ses vingt-six partenaires. C'est pourquoi notre pays doit faire
le choix d'une démarche non institutionnelle. Il doit privilégier des projets
concrets susceptibles d'apporter aux Européens de l'indépendance ou de la
puissance et multiplier ces programmes avec audace. Car l'important réside
dans les résultats qu'ils produisent et non dans la manière dont ils sont
mis en œuvre. Peu importe qu'ils trouvent ou non leur place dans les
structures bruxelloises, peu importe qu'ils rassemblent tout ou
partie des pays membres de l'Union, l'essentiel est que, sur les
questions stratégiques que représentent la défense, l'industrie,
la science et la monnaie, l'Europe s'autonomise, se renforce et s'impose.
Pour aller plus loin dans cette voie, la France doit constituer
par ailleurs un noyau central de quelques pays européens, afin de
créer, autour de son projet d'Europe puissance, un premier cercle
formé par exemple des six pays fondateurs, en tout cas des trois
plus importants, l'Italie, l'Allemagne et la France. Une initiative
de cette nature, rassemblant des nations proches, capables de porter
un projet commun et de parler d'une même voix, pourrait peser de façon
bénéfique sur les décisions bruxelloises. Si, en effet, ces États
votaient systématiquement dans le même sens au sein des instances
de l'Union, ils disposeraient d'un nombre de voix suffisant pour
influer de façon déterminante sur la marche de l'Europe. Comme toute
communauté, l'Europe des nations ne peut pas fonctionner sans
un chef de file qui ouvre le chemin. Et seule la constitution
de ce petit groupe de pays peut faire de l'Europe une puissance
structurée et cohérente capable d'avancer et d'agir.
Il existe donc une voie pour rendre à notre continent son identité,
son indépendance et sa puissance et c'est à la France de s'y engager
et d'entraîner avec elle les autres nations.
Aujourd'hui, les responsables politiques français, même s'ils veulent
donner le sentiment de défendre les intérêts de notre pays, cherchent
surtout à apparaître comme les bons élèves de la classe européenne.
Ce faisant, ils se mettent à la remorque de la Commission de Bruxelles,
se bornant à réagir à ses propositions pour généralement les accepter
avec une assez grande docilité. Le MNR propose que notre pays modifie
profondément son attitude et qu'au lieu de suivre ou de subir,
de contester ou d'accepter, il ouvre une voie, il porte un projet,
il propose, il entraîne et il rassemble.
L'Europe pour l'équilibre du monde
Tel devrait donc être le projet européen de la France qu'il faudrait
promouvoir en lieu et place du projet bruxellois. Alors que les européistes
cherchent à détruire les nations pour édifier une construction purement
juridique, sans identité ni frontière, sans force ni souveraineté,
sans souffle ni esprit, le MNR veut faire de notre continent
une grande puissance autonome, enracinée dans sa civilisation et
respectueuse des nations qui la composent. Si pareil projet voyait
le jour, ce serait pour notre continent, comme pour la planète,
un changement majeur et salutaire. Car la construction d'une
puissance européenne servirait la paix et l'équilibre du monde.
Aujourd'hui, la planète se trouve placée sous l'influence exclusive
d'une superpuissance aux positions parfois excessives. De plus, les
forces économiques et diplomatiques qui régissent le globe se
révèlent souvent brutales et manquent de modération. L'Europe, grâce
à sa maturité historique et aux valeurs de sa civilisation, reste,
plus que toute autre, porteuse d'équilibre et de mesure. Son émergence
comme grand pôle de puissance conduirait à stabiliser, à réguler et à
pacifier la vie internationale.
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