Pour que vive la France
Les propositions : la
France à nouveau
Chapitre 9 : DOUCE FRANCE
L'harmonie
est l'une des qualités propres à notre civilisation.
De tout temps, notre nation a trouvé ses formes d'expression
les plus achevées dans l'équilibre et la mesure, dans
cette aptitude toute particulière à marier en un même
élan des éléments apparemment opposés : la force et
la douceur, la nature et la cité, le beau et l'utile,
le communautaire et le personnel. Douce France, disait-on
dès la Renaissance, et pourtant grande et forte France
fermement affirmée au fil des siècles.
N'est-ce pas d'ailleurs ce qui émane de l'héritage que
nous ont légué nos ancêtres, eux-mêmes issus de ce "peuple
ami du cordeau et du plantoir" célébré par Péguy?
Les châteaux si harmonieux des bords de Loire, les villages
baignés de soleil des coteaux de Provence, les monuments
majestueux de Paris, les lignes élancées des cathédrales
de Champagne, les bocages tant travaillés de Normandie,
les côtes déchiquetées de Bretagne, les forêts profondes
de Picardie, toutes ces richesses naturelles et architecturales
sont là pour témoigner que l'harmonie est une qualité
permanente de notre patrimoine et de notre territoire.
Le retour aux équilibres
Aussi voulons-nous la cultiver comme
un don divin non seulement dans le domaine des valeurs,
de la morale et du spirituel, mais également dans
les réalités tangibles de la nature, des campagnes
et des villes.
Or, aujourd'hui, l'harmonie de notre territoire est compromis.
Maîtrisant mal le pouvoir que leur donnent
la science et la technique, les gouvernements de notre
pays, gagnés par la démesure et les effets destructeurs
de la société matérialiste, ont, au fil des décennies,
rompu l'équilibre de notre territoire et de notre
environnement.
Comme un tissu cancéreux multiplie les cellules monstrueuses,
nos villes ont sécrété des quartiers
informes et déracinés où le mal vivre est devenu endémique.
Quant aux campagnes, beaucoup se vident de leurs habitants
et laissent certaines de leurs terres retourner à la jachère.
Fleuves et rivages ont perdu
leur pureté, l'air que nous respirons s'est chargé
de souillures, la nature a été mutilée par le béton
ou les produits chimiques. Les équilibres globaux de
la planète comme son climat sont eux-mêmes menacés.
Les hommes en sont menacés quand ils ne sont pas déjà atteints
dans leur santé et même dans leur équilibre psychique.
Voilà pourquoi le retour de l'harmonie dans la nature,
les campagnes et les villes, constitue pour le MNR
un objectif politique de première importance.
L'impératif écologique
D'autres parleraient d'écologie.
Pourquoi pas? L'écologie s'intéresse à la sauvegarde
du milieu naturel propre à l'épanouissement de la
flore, de la faune et de l'espèce humaine. Il s'agit
là d'un impératif de conservation de notre patrimoine
naturel essentiel au retour de l'harmonie et donc
parfaitement conforme à la philosophie politique du
MNR. Cet impératif écologique s'inscrit d'ailleurs
pleinement dans notre combat pour la défense de notre
identité car cette dernière ne fait qu'un tout. Elle
constitue un patrimoine humain, culturel, mais aussi
naturel. Et il y a quelque chose d'absurde à vouloir
opposer l'homme à la nature et à ne se préoccuper
que des équilibres touchant à la survie de la faune
et de la flore, comme le font les Verts, mais nullement
de ceux qui conditionnent la survie des communautés
humaines. Pourquoi les écologistes veulent-ils à tout
prix préserver les espèces animales et acceptent-ils
que les peuples et les civilisations disparaissent?
Refusant cette vision anthropophobe, le MNR entend
promouvoir une vision écologique globale qui place
sur le même plan la préservation de la nature et la
défense de notre civilisation car l'une et l'autre
fondent l'identité de notre peuple.
Respecter la nature
Cette disposition se révèle d'autant
plus nécessaire que l'homme n'est pas un être abstrait.
Doué d'une réalité charnelle et temporelle, il est
enraciné dans un sol et n'existe qu'au sein de la
nature dont on ne peut le séparer. À toutes les époques,
il a cherché à dominer cette dernière, à l'exploiter
et à la façonner. Depuis la chasse et la cueillette
de la préhistoire, en passant par les grands déboisements
du Moyen Âge, jusqu'aux percées autoroutières d'aujourd'hui,
l'homme a toujours voulu soumettre la nature. Et,
en agissant ainsi, il est dans son rôle s'il assume
les devoirs que lui confèrent ses droits. L'homme
peut soumettre la nature à condition de la protéger.
Pour nous, le retour à l'harmonie implique donc que,
dans ce domaine également, le nécessaire et légitime
impératif de protection soit remis à l'honneur. Pour
ce faire, l'homme doit renouer avec les lois fondamentales
de la nature, comprendre que celle-ci comporte également
une part de sacré et qu'à ce titre il doit la respecter.
Protéger les animaux
Aussi le MNR entend-il rappeler que
l'homme a le devoir de protéger les animaux en préservant
leur milieu de vie et en leur évitant toute situation
dégradante et toute souffrance inutile.
Nous voulons donc mener un vaste programme d'amélioration
de la vie animale. Les espèces sauvages devront bénéficier
d'une meilleure protection. Chaque fois que des méthodes
de substitution existent, l'expérimentation sur les
animaux devra être proscrite. Les techniques d'élevage
industriel devront dorénavant prendre en compte les
exigences propres au respect de la vie animale. Quant
aux conditions dans lesquelles s'effectuent le transport
et l'abattage des bêtes de boucherie, elle devront
dorénavant être conformes aux normes d'hygiène et
aux règles éthiques de notre civilisation européenne.
Enfin, des moyens seront dégagés pour mieux secourir
les animaux domestiques abandonnés et mieux sanctionner
ceux qui les martyrisent.
Parallèlement à la défense de la vie animale, nous
voulons veiller à la sauvegarde de la nature et entreprendre
de réparer les dommages que l'homme lui a causés au
cours des dernières décennies.
Maîtriser le développement
Les techniques pour y parvenir sont
connues et nous voulons donc les voir mises en uvre
à grande échelle. Certaines d'entre elles, qui font
appel aux connaissances scientifiques les plus avancées,
devront être encouragées, car le respect de la nature
n'implique pas, comme le voudraient certains, le retour
au passé, la réintroduction du char à bufs ou
la remise en service des moulins à vent. Le MNR considère
au contraire que la science et la technique, loin
d'être des ennemis de la nature, peuvent la servir.
C'est seulement leur utilisation perverse qui a porté
atteinte à la qualité de notre environnement, mais,
employées à bon escient, elles permettent à l'homme
de contrôler les pollutions de toutes sortes et contribuent
au rétablissement des nécessaires équilibres écologiques.
Nous sommes donc partisans de poursuivre activement
le développement de notre pays mais de mieux le maîtriser
pour qu'il respecte l'harmonie de la nature. C'est
à cette tâche que nous voulons nous consacrer avec
ardeur pour protéger la planète, réduire massivement les pollutions de
l'air et de l'eau, faire disparaître les déchets,
limiter le bruit et les atteintes aux sites naturels.
Réguler la mondialisation
Pour cela, il faut d'abord réguler la globalisation car l'aggravation
des problèmes écologiques est très largement la
conséquence d'une production industrielle débridée ainsi que
de l'explosion des transports générés par le mondialisme.
Mettre de l'ordre dans la mondialisation est donc indispensable
à la lutte pour l'environnement. Faute de quoi la cimenterie
installée sur la rive
sud de la Méditerranée, qui pollue de ses poussières
corrosives tout son environnement, sera toujours plus
compétitive que telle autre parfaitement propre implantée
près de Marseille. La réduction des pollutions,
l'amélioration de la qualité des productions industrielles ou
l'abaissement des consommations impliquent l'instauration
de normes, voire de taxes intérieures qui nécessitent, comme le
propose le MNR, la mise en œuvre d'écluses douanières aptes à
lutter contre le dumping écologique.
Priorité à la lutte contre les pollutions
Pour peu que ces régulations soient assurées, la recherche
d'un développement propre et durable
pourrait donner un nouveau souffle industriel
à l'Europe. Dès lors que les productions des pays tiers qui
ne respecteraient pas les impératifs écologiques seraient sévèrement taxées,
la France et l'Europe pourraient, à l'échelle de la planète, jouer un rôle moteur
dans la lutte contre les pollutions et les rejets de gaz à effets de serre
ainsi que dans le respect de la nature.
Il s'agirait à cette fin de renforcer les normes de production
pour le respect de l'environnement. Tous les domaines
devraient être concernés que ce soient les rejets
de produits polluants liquides ou gazeux, l'effet de serre,
ou la recyclabilité des produits.
Pour réaliser ces objectifs, nous
voulons que l'État et les collectivités locales mettent
en uvre des moyens importants. Une réglementation
très stricte sera imposée aux pollueurs.
Un corps d'agents de l'État, spécialisés dans
la lutte contre la pollution ,devra être créé. Quant aux moyens financiers
nécessaires pour mener à bien cette entreprise, il
reviendra à l'État de les mobiliser auprès des industriels.
Il s'agira d'oeuvrer à la reconstitution
des équilibres naturels en jugulant les émissions de CO2 et autres
gaz toxiques, en organisant l'assainissement systématique
des cours d'eau, en traitant les déchets et en luttant
contre le bruit.
Le service plutôt que la vente
Nous voulons cependant agir en amont, afin que la lutte contre
les pollutions soit intégrée à la conception même des produits
et à l'organisation du système économique. Le MNR propose
dans cet esprit que l'on développe, pour des objets d'utilisation
courante comme l'électroménager ou l'électronique,
une économie davantage conçue comme un service complet que
comme une vente pure et simple. L'idée
est que les appareils soient livrés, entretenus
puis repris et recyclés par la firme comme cela se pratique
déjà par exemple pour les photocopieuses. Ce système conduit
les entreprises à optimiser la durée de vie des produits et
à les retraiter. Il limite donc les utilisations de matières
premières en même temps qu'il offre aux clients un meilleur
service ainsi que l'accès permanent aux dernières technologies.
Un tel mode de fonctionnement recentre par ailleurs l'activité
sur le service de proximité au détriment de la production
délocalisée.
Développer les énergies propres
Sur la question de l'énergie, essentielle dans la lutte contre
les rejets de gaz à effets de serre, le MNR entend que la France
et l'Europe prennent toutes les initiatives nécessaires
pour respecter les accords de Kyoto et réduire notre dépendance énergétique.
Pour ce faire, des efforts considérables doivent être entrepris
pour réduire notre consommation d'énergie :
isolation des bâtiments, limitation de la puissance
et de la consommation des véhicules, développement du ferroutage
et des transports collectifs.
Il convient également de revoir la structure de la production
d'énergie en France : maintien, et modernisation du nucléaire,
développement des biocarburants et de l'hydrogène comme combustible,
généralisation des énergies renouvelables (solaire, éolien,
biomasse, géothermie).
Valoriser la recherche écologique
Il est par ailleurs indispensable de faire entrer l'écologie
scientifique dans les sphères de la recherche et de l'enseignement
supérieur alors qu'elle est aujourd'hui encore souvent traitée
par des organismes marginaux. Nous voulons donc faire sortir
cette discipline de son isolement de façon que les préoccupations
liées à l'environnement soient placées au cœur de la recherche
industrielle. Un développement important en ce domaine constitue
en effet la seule voie pour relever les défis écologiques auxquels
nous sommes confrontés.
Sauvegarder le patrimoine
naturel
La politique préconisée
par le MNR consiste par ailleurs à reconstituer le patrimoine naturel
de notre pays. Nous voulons dans cette perspective
préserver les paysages traditionnels et engager un
vaste programme de réhabilitation des sites naturels.
À cette fin nous proposons de rétablir, là où c'est
nécessaire, l'harmonie des espaces ruraux, de protéger
et de développer les massifs forestiers, notamment
sur les terres en jachère, et de mener des actions
coordonnées d'embellissement des paysages prévoyant
par exemple des plantations, des remodelages de terrain
ou des destructions de bâtiments. Dans cet esprit,
nous voulons procéder à l'enfouissement de toutes
les lignes Telecom et EDF (basse et moyenne tension)
qui enlaidissent nos campagnes et nos villages. L'équilibre
et la beauté doivent ainsi redevenir la règle dans
nos terroirs et nos provinces.
Sauver les campagnes
L'écologie au sens strict ne peut
cependant suffire à rétablir l'harmonie sur notre
sol. Déjà, dans les campagnes, pourtant par définition
proches de la nature, d'autres moyens sont à mettre
en uvre pour conjurer les effets funestes des
programmes agricoles conduits depuis plusieurs années
par l'Europe bruxelloise. Au nom d'une agriculture
intensive jugée plus rentable, les technocrates ont
en effet poussé au remembrement, à l'utilisation massive
d'engrais minéraux et de pesticides, provoquant ainsi
la ruine des sols. Sous couvert de productivité, ils
ont, dans le même temps, organisé un nouvel et massif
exode rural qui est en train de vider nos campagnes
et de retirer la vie de nos villages.
Le phénomène est spectaculaire. Dans beaucoup de bourgs, les
commerces disparaissent, les services publics sont
déplacés et, lorsque les vieux meurent, les maisons
sont fermées définitivement. Dans les champs, les
jachères progressent et de nombreuses exploitations cessent
leur activité. En quarante
ans, la population active agricole a ainsi été divisée
par cinq, si bien que moins d'un million de personnes
travaillent désormais à temps plein dans l'agriculture.
Le nombre d'exploitations est tombé en dessous de
six cent mille et près d'une centaine d'entre elles
disparaissent chaque jour. Et comment d'ailleurs en serait-il
autrement quand le niveau de vie des paysans n'a pas
crû au même rythme que celui des autres Français et que
beaucoup d'entre eux sont en dessous du seuil de pauvreté ?
Cette politique de mort menée dans les campagnes est
intolérable. Intolérable parce que le monde paysan
assure selon nous trois fonctions essentielles au
service de la nation.
Les paysans au service
de la nation
La première consiste évidemment à
produire ce dont nous avons besoin pour notre subsistance.
Or, aujourd'hui, en raison des accords internationaux et de la Politique
agricole commune, l'agriculture française doit réduire
ses productions alors même que les importations agricoles augmentent.
Situation à la fois absurde et insupportable : comment,
en effet, une grande nation comme la France peut-elle
accepter de se mettre en état de dépendance pour des
produits aussi essentiels que les denrées nécessaires
à l'alimentation de sa population? Pour le MNR, il
est donc vital que l'agriculture française soit à
nouveau en mesure d'assurer l'autosuffisance alimentaire
de notre pays.
La seconde fonction du monde rural est liée au maintien
des terroirs car, ne nous leurrons pas, la nature
sauvage n'existe plus en France depuis des siècles.
Tous nos paysages ont été façonnés au fil des générations
par la sueur et parfois le sang de nos paysans. Qui,
se promenant dans nos campagnes, n'a pas été frappé
de constater que la moindre parcelle de terroir est
le fruit du travail des hommes, au point que chaque
coteau, chaque vallon, porte un nom qui remonte à
la nuit des temps? Et l'on voudrait que nos paysans
rompent avec cette tradition et mettent un terme à
cette occupation multimillénaire de notre sol ! Ce
serait là une régression inconcevable. Les paysans
sont les gardiens de nos terroirs, les jardiniers
de nos paysages et le MNR entend bien qu'ils le restent.
Quant à la troisième fonction, elle se révèle encore
plus importante car elle touche, à travers l'harmonie
du territoire, à l'équilibre psychologique de notre
peuple. Il serait en effet absurde que chez nous toute
la vie se concentre dans les villes, surtout lorsqu'on
connaît les problèmes qui s'y développent. Notre nation
a besoin de l'équilibre que lui procure le monde paysan,
porteur de valeurs indispensables à l'harmonie mentale
et spirituelle de nos concitoyens.
Chaque peuple aspire en effet à être enraciné dans
un territoire et, en France, nous le sommes collectivement
par le truchement du monde rural implanté dans nos
terroirs. Et si ce lien entre le peuple et son sol
venait à se rompre, notre patrie risquerait de s'étioler
comme un arbre dont on a coupé les racines. Aussi
voulons-nous maintenir la vie dans les campagnes et
même l'y développer.
Non au désert rural
Le MNR préconise donc une politique
d'envergure pour lutter contre la désertification
rurale. À cet égard, nous entendons favoriser systématiquement
le maintien et la création d'activités dans les villages.
Ainsi les services publics doivent être assurés dans
les bourgs et ce, quelle qu'en soit la rentabilité
dont les critères habituels n'ont pas de sens en la
matière. Le territoire doit être maillé par un réseau
de transports en commun. Mais ce sont surtout les
artisans, les commerçants, les petites et les moyennes
entreprises qui doivent selon nous être encouragés
à se développer dans les terroirs. Le télétravail,
le développement des réseaux de communication modernes
à haut débit devraient être mis à profit pour faciliter
le déplacement à la campagne de nombreuses entreprises
offrant de surcroît à leurs employés un cadre de vie
susceptible de les séduire.
Pourtant, l'essentiel n'est pas là, car le dépérissement
des zones rurales résulte de la mort de l'agriculture
et, en l'état actuel des choses, la vie ne renaîtra
pas dans les campagnes si l'on ne sauve pas l'activité
agricole coûte que coûte.
Non à la Pac
Pour y parvenir, le MNR entend mettre
en cause la Politique agricole commune (PAC) de Bruxelles.
Après avoir servi les intérêts français et continentaux,
les mécanismes agricoles européens ont en effet été
peu à peu pervertis par le libre-échangisme le plus
débridé. Sous la pression internationale, des accords
de libre-échange ont ainsi été multipliés avec d'innombrables
pays et le système du soutien aux productions, clef
de voûte de la politique européenne pendant trente
ans, a été abandonné pour un mécanisme d'aide aux
producteurs comparable à celui pratiqué par les Américains.
Ce faisant, la Commission européenne a engagé un processus
de baisse des prix, baisse théoriquement compensée
par des subventions directes aux agriculteurs. Dans
la réalité, la Commission cherche à aligner les prix
des denrées agricoles européennes sur les cours des
marchés mondiaux et, quand on sait que ceux-ci sont
fluctuants car manipulés par les spéculateurs et qu'ils
s'établissent toujours en dessous des prix de revient
de notre agriculture, on comprend pourquoi les choses
vont si mal. Totalement dépendants de la bureaucratie
bruxelloise, les agriculteurs doivent en attendre
chaque année les subventions qui leur permettent de
vivre. Une situation d'autant plus préoccupante que
ce soutien se réduit à mesure que les responsables bruxellois
décident de diminuer les effectifs de paysans.
Cette méthode d'aides directes mène donc à la destruction
progressive du métier d'agriculteur. Comment, en effet,
pourrait-on maintenir longtemps une profession soumise
à de telles contraintes? Prix insuffisants, bureaucratie
tatillonne, incertitudes sur l'avenir, endettement
massif, autant de servitudes qui empêchent les paysans
de se sentir utiles, autant d'entraves qui ne peuvent
qu'entraîner à terme la disparition du monde paysan.
Les trois objectifs
Voilà pourquoi nous voulons mettre
un terme à cette dérive catastrophique et reconstituer
une nouvelle politique agricole visant trois objectifs
prioritaires.
Le premier est celui de l'indépendance agricole de la
France et de l'Europe qui doit rendre à notre pays
la sécurité et la liberté que procure la certitude
de pouvoir disposer, quoi qu'il arrive, des denrées
indispensables. Denrées que notre pays et notre continent
peuvent parfaitement produire, car ils disposent sur
leur sol des capacités agraires suffisantes pour assurer
cette sécurité alimentaire.
Le second objectif concerne le revenu des agriculteurs
qui doit selon nous retrouver la parité avec celui
des professions urbaines, notamment pour son évolution
dans le temps.
Enfin, le troisième objectif est celui de la qualité
des produits. À une époque où la manipulation industrielle
des productions nuit à la saveur des denrées alimentaires
et fait peser des menaces sur la santé publique, quand
elle ne provoque pas des contaminations effectives,
nous considérons qu'il est essentiel d'organiser le
retour à une vraie qualité des produits.
La préférence européenne
Pour atteindre ces objectifs, le
MNR veut rétablir la préférence européenne et, pour
ce faire, assurer la protection des agricultures nationales
aux frontières extérieures de l'Europe. Dans ce cadre,
nous proposons de prendre des mesures toutes particulières
pour stopper l'importation de denrées susceptibles
d'être produites directement en France et sur le continent.
Il est en effet absurde que la France, par exemple,
laisse pénétrer sur son territoire des quantités considérables
de produits de substitution aux céréales
alors qu'elle dispose d'une surcapacité de production
dans ce domaine. De même, au nom de quelle logique
folle faudrait-il que notre nation laisse envahir
son marché par des millions d'hectolitres de vins
étrangers bas de gamme quand il n'est pas de pays plus viticole
que la France?
Les prix garantis
Forte de cette priorité accordée
en Europe aux produits européens, la nouvelle politique
agricole voulue par le MNR pourra rétablir un système
de prix minimum garantis. Dès lors que des écluses
douanières préservent le marché français et européen
du marché mondial, il redevient en effet possible
de pratiquer la vérité des prix à l'intérieur de l'Europe,
c'est-à-dire de les stabiliser à un niveau minimum
suffisant pour permettre aux agriculteurs de vivre
décemment de la vente de leur production.
À cette fin, nous préconisons de soutenir les cours
lorsque ceux-ci descendent en dessous du seuil garanti.
Un tel mécanisme permet d'émanciper les agriculteurs
des bureaucraties européenne et nationale, les faisant passer de
l'état d'assistés à celui, normal, d'acteurs économiques.
Il les libère psychologiquement d'une situation précaire
et humiliante pour leur rendre la plénitude de leur
fonction dans la société.
Les paysans libérés
Pour amplifier cette amélioration,
nous proposons par ailleurs de réduire le poids des
charges et des contraintes qui pèsent actuellement
sur les paysans. Il s'agit de mettre un terme à la
surveillance quasi-policière qu'exerce actuellement
une armée de fonctionnaires parfois aidée d'hélicoptères,
voire de satellites. Le MNR veut des paysans libres
qui retrouvent leurs droits ancestraux. Nous voulons
donc abroger le monopole sur les semences et l'insémination,
alléger les structures professionnelles et mettre
en place une législation antitrust propre à renforcer
le poids des paysans face aux centrales d'achat de
la grande distribution.
Parallèlement, nous proposons d'alléger les charges
fiscales qui pèsent sur les résultats d'exploitation,
l'amortissement du matériel et le foncier. Nous voulons
aussi baisser la TVA sur les fournitures agricoles.
Ainsi, les paysans retrouveront le moyen de gagner
dignement leur vie en percevant une juste rémunération
qui corresponde directement au fruit de leur travail.
Une production de
qualité
Cette politique de baisse des charges,
de prix garantis et de préférence communautaire apparaît
d'autant plus viable qu'elle a été mise en uvre,
en tout cas pour ce qui est des prix et de la préférence,
pendant plus de trente ans par l'Europe communautaire
sans rencontrer de difficultés majeures. Il est vrai
qu'elle a été abandonnée au motif qu'elle coûtait
trop cher, provoquait la surproduction et poussait
à une agriculture polluante. En réalité, ces objections
ne tiennent pas dès lors que cette politique est complétée,
comme nous le souhaitons, par un volet régulant le
système et favorisant la qualité par rapport à la
quantité.
Cet impératif s'impose d'abord pour des raisons écologiques
et de santé publique. Lorsqu'on maltraite la nature,
elle se venge. L'augmentation
artificielle des rendements porte atteinte à la qualité
sanitaire des produits qui, pour certains, finissent
par devenir dangereux pour la consommation.
Mais l'avantage de la qualité sur la quantité est
aussi d'ordre économique. À quoi sert-il en effet
de produire à grands coups d'engrais cent quintaux
à l'hectare, si le blé ainsi récolté n'est pas panifiable
et ne peut être vendu qu'à vil prix? À l'inverse,
une production de qualité, même en quantité limitée,
est d'un meilleur rapport financier pour l'exploitant
car elle permet de réduire, par exemple, la consommation
intermédiaire d'engrais et de pesticides, à la fois
coûteuse et polluante, et, dans le même temps, d'écouler
la récolte à un meilleur prix, les denrées de qualité
se vendant plus cher.
Le bien manger
Nous voulons donc, à l'abri de nos
frontières, encourager le développement d'une agriculture
douce qui privilégie la qualité et qui, ce faisant,
limite la production et améliore les revenus des agriculteurs.
Une politique qui permettra par ailleurs de rétablir
la qualité de nos aliments et de renouer avec la tradition
française du bien manger. Rappelons-nous, il y a presque
deux cents ans, Brillat-Savarin affirmait déjà que
"la destination des nations dépend de la manière
dont elles se nourrissent".
Les productions artisanales et traditionnelles qui
font la saveur de notre cuisine et son renom seront
promues. Appellations d'origine et labels seront généralisés
et bénéficieront d'une protection juridique comparable
aux brevets. Nous voulons que les techniques de fabrication
traditionnelles soient maintenues, les circuits locaux
de distribution privilégiés et que l'agriculture de
terroir bénéficie d'avantages fiscaux. Ainsi les fromages
au lait cru, la charcuterie artisanale et tous les
produits de nos terroirs pourront-ils, sans risque
sanitaire, continuer d'être largement consommés. De
même, la filière dite biologique qui privilégie les
méthodes douces et le respect de la nature pour mieux
défendre la santé des consommateurs sera-t-elle encouragée.
En outre, nous entendons que les produits trafiqués
dont rien ne prouve qu'ils ne sont pas dangereux pour
la santé soient prohibés. Ainsi en est-il par exemple
du buf aux hormones ou des organismes génétiquement
modifiés (OGM) qui doivent être interdits à la consommation
sur notre territoire tant que leur inocuité n'aura
pas été prouvée. Ainsi réorganisée au service de la
qualité alimentaire, l'agriculture française pourra
être sauvée et, ce faisant, sauvegarder le monde paysan
et rétablir l'harmonie dans nos campagnes.
Humaniser les agglomérations
Dans les villes aussi nous voulons
rechercher une meilleure harmonie pour nos compatriotes,
car les agglomérations, et surtout les grandes métropoles,
n'offrent plus la qualité de vie que leurs habitants
sont en droit d'en attendre. Aux difficultés liées
aux transports, au bruit, à la pollution, s'ajoutent
les effets du déracinement propre à l'immigration,
de la peur engendrée par l'insécurité et de la déprime
que favorise un urbanisme souvent laid et déshumanisé.
Autant de mécanismes funestes qui ne relèvent cependant
pas de la fatalité et peuvent être inversés par une
action volontaire des pouvoirs publics.
À cet égard, le MNR est partisan d'une politique efficace
d'aménagement du territoire, propre à stopper le développement
des mégapoles et à favoriser celui des villes moyennes.
Les petites collectivités étant davantage à l'échelle
de l'homme peuvent en effet lui offrir les conditions
d'une vie plus équilibrée et plus harmonieuse.
Civiliser les banlieues
Dans les grandes villes, ce sont
essentiellement les banlieues et les cités dites sensibles
qui créent les plus graves difficultés, aussi est-ce
à ce niveau, c'est-à-dire à la racine, que nous proposons
d'aborder les problèmes. La réalité est simple : les
banlieues connaissent une crise majeure parce qu'elles
sont peuplées en majorité d'immigrés et que s'y développent
donc tous les maux liés à l'immigration, le déracinement
culturel, le chômage, la délinquance, la drogue et
la violence.
Or, que fait l'établissement politicien face à cette
situation particulièrement inquiétante? Adepte de
la technique de l'autruche qui consiste à se mettre
la tête dans le sable pour ne pas voir la réalité,
il prône la politique dite "de la Ville",
politique purement matérialiste qui consiste à réhabiliter
à grands frais des immeubles qui sont à nouveau dégradés
avant même la fin des travaux, à multiplier les stages,
les activités sportives, éducatives et ludiques pour
les jeunes désuvrés sana empêcher certains de retourner à la délinquance
passé le seuil de la maison de quartier. Il encourage
la création de commerces ou de lignes d'autobus qui
sont pillés ou rackettés dès leur ouverture. Et, pour
couronner le tout, il demande aux policiers de cesser
d'être répressifs et de rechercher l'amitié et l'estime
des jeunes loubards.
Ignorant délibérément les données objectives du drame
des banlieues, traitant les effets et non les causes,
le système ne parvient évidemment pas à résoudre
le problème et laisse ces quartiers basculer dans la barbarie.
La politique préconisée par le MNR est d'une tout
autre nature. Elle vise à rétablir dans ces cités
les règles élémentaires de la civilisation.
Assainir les cités
Nous voulons d'abord imposer le retour
à l'ordre et à la loi par les méthodes républicaines
de la répression et de la sanction. Nous entendons
également organiser une diminution progressive du
nombre des étrangers, et en particulier des clandestins,
dans les cités. Un tel processus permettant de traiter
le problème à la racine, ces banlieues pourront alors
être progressivement pacifiées.
Moins les lois seront bafouées, moins les immigrés
seront nombreux et plus la politique de dévolution
des logements HLM à leurs occupants français pourra
prendre de l'ampleur. Les candidats à la propriété
seront en effet regroupés dans des quartiers homogènes
qui s'étendront à mesure que le nombre de postulants
augmentera. Or, ces quartiers seront naturellement
mieux tenus et plus agréables à vivre, ils
connaîtront un style de vie plus normal et plus paisible
et feront l'objet de la part de leurs occupants d'une
plus grande attention quant à l'entretien des espaces
publics, des parties communes et des équipements collectifs.
La population se stabilisera, s'enracinera et une
véritable vie de quartier s'instaurera peu à peu.
À ce moment-là seulement, nous pourrons réinsérer
la cité dans la ville. Car, une fois la sérénité et
la sécurité rétablies, nous pourrons faire revenir
les activités et les commerces, mener des opérations
architecturales d'embellissement et entreprendre la
démolition des immeubles les plus laids.
Embellir les villes
Le MNR est à cet égard partisan de promouvoir une
architecture douce et enracinée en rupture avec la
pratique issue des années soixante. Conçues selon
les préceptes fous de la charte d'Athènes, les constructions
réalisées dans les décennies qui ont suivi la guerre
ont gravement attenté à la beauté de nos villes. Ce
n'est pas pour rien que Salvador Dali dénommait cette
architecture brutaliste "l'architecture d'autopunition".
Par la ségrégation des activités, la suppression des
rues, des places et des façades, par le choix de formes
géométriques infantiles et par l'échelle des bâtiments
en rupture avec les quartiers traditionnels, Le Corbusier
et ses collègues apprentis sorciers ont brisé l'harmonie
de nos cités que des siècles avaient pourtant réussi
à créer et à conserver.
Accompagnant un processus déjà largement engagé, nous
voulons donc bannir cet urbanisme fou et lui
substituer, comme le font déjà beaucoup d'hommes de
l'art, une architecture douce qui, par le choix des
formes, des couleurs, des matières et des volumes,
respecte la dimension de l'homme et les contraintes
de l'environnement. Une architecture qui soit résolument
contemporaine car notre époque doit elle aussi développer
son propre style, un style qu'à l'instar de nos ancêtres,
elle doit pouvoir imbriquer dans des constructions
anciennes.
Pour le MNR, la beauté ne relève pas du superflu mais
correspond au contraire à une nécessité d'ordre vital,
indispensable à l'uvre civilisatrice à laquelle
les Français doivent de nouveau se consacrer. Renouant
avec la tradition, notre civilisation doit redevenir
bâtisseuse et multiplier les constructions nouvelles
ayant un effet d'embellissement. Nous ne devons pas
craindre d'édifier des monuments : même s'ils ne sont
pas utiles au sens économique du terme, leur existence
se révèle indispensable à la beauté et à l'équilibre
de nos cités.
L'harmonie du pays
Respect de la nature, protection
de notre environnement, regain agricole, retour de
la vie dans les campagnes, qualité de la nourriture,
architecture douce, humanisation et embellissement
des cités et des villes, tels sont les moyens que
nous proposons pour rétablir la qualité de vie et
l'harmonie qui permettront à notre pays de continuer
à mériter le nom si envié de douce France.
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